Patrimoine, Exposition - Conférence

La Défense

La Défense à ciel ouvert

Le Moretti, 1995 (Moretti)

Infos pratiques

  • La Défense

 

Pour préparer sa visite :

Catalogue et plan des œuvres d’art : parisladefenseartcollection.com

Premier centre d’affaires européen, La Défense est aussi est devenu, au fil du temps, un musée d’art contemporain hors les murs. Invitation à une balade spectaculaire et ludique.

Précaution essentielle : l’exploration du musée à ciel ouvert de La Défense, sous le plus célèbre skyline de France, se mène bon pied bon œil, chaussures familières confortables et lunettes de soleil polarisantes. Car c’est au bout du périple, les pieds sur le béton éclaboussé de soleil et la tête au vertige, qu’on aura compris combien le ciel est haut et la terre vaste… surtout si l’on ne connaît de La Défense (160 hectares) que le parvis (à peine quatre hectares entre la Grande Arche, le Cnit, les Quatre-Temps) !

Emblématique

L’affût peut justement commencer au beau milieu de la dalle du parvis, entre les sacrés monstres de deux monstres sacrés de l’art contemporain. D’un côté, la griffe du Grand Stabile rouge d’Alexander Calder, grappin planté dans le sol sur les directives de l’artiste l’année même de sa mort en 1976, à la fois délié (15 mètres de haut) et pesant (75 tonnes) ; de l’autre, multicolores, les Personnages de Miró semblent se balancer, nonchalants. Chasse aux sculptures oblige, on se prend à imaginer un instant que le Stabile rouge, avec son rostre agressif et ses pattes d’araignée de chaudronnerie, ne soit soudain plus aussi « stabile » et se retourne pour venir croquer en face les personnages de Miró qui le narguent depuis trente-cinq ans…

Emblématique encore : le Pouce de César, dressé devant la façade nord-ouest du Cnit qui, en bon triangle qu’il est quoiqu’il le cache bien, en dispose de trois. Prodige de fondeur, ce bronze de 12 mètres et de 18 tonnes est une sorte de thumbs-up en l’honneur de tout ce que La Défense peut réussir. Mais à cette taille-là, il y a de l’animal dans le propre doigt du sculpteur : patte de pachyderme, peau d’éléphant, cuir endurci aux sillons sauvages.

Totémique

Tout le monde en a entendu parler, mais il n’est pas certain que chacun des huit millions de touristes annuels de La Défense l’ait vu : le Moretti dresse ses 32 mètres un peu à l’écart, comme s’il fallait mériter les 672 tubes en fibres de verre multicolores qui réfléchissent un soleil aux nuances irréelles. Certains se souviennent du convoyage des centaines de mètres de stries de couleurs, arrivées par barges sur la Seine avant d’être montées, sous l’œil de l’artiste Raymond Moretti qui avait ici son atelier, autour d’une cheminée d’aération qui accédait ainsi au statut de… statue. Il faudrait d’ailleurs revenir spécialement faire la tournée de ces cheminées devenues sculptures. Revêtues de céramique ou de métal, de résine ou de tuteurs gagnés par la luxuriance d’une végétation qui s’invite en hauteur, il y a là, vues par Michel Deverne, Édouard François ou Guy-Rachel Grataloup, les incarnations artistiques du célèbre adage évolutionniste selon lequel « la fonction crée l’organe ».

Classique

Pour les chasseurs de formes sculpturales plus conventionnelles, le musée à ciel ouvert de La Défense ne manque pas de postes d’observation. Au pied de la tour Égée – ça ne s’invente pas – le Colosse d’Igor Mitoraj conjugue mémoire de l’antique et traitement contemporain. Colosse promesse, Colosse défi, Colosse vaincu… il suffit de tourner autour, de varier l’angle du regard pour faire défiler chacune de ses métamorphoses. Place des Reflets, La Terre de Louis Derbré use du mouvement acrobatique de deux corps arqués pour dessiner en creux l’image de notre globe, entre promesse de lien et frayeur de rupture. Plus fragile encore, Le Somnambule d’Henri de Miller, en déséquilibre aérien, est une brindille prête à se rompre au-dessus de la place de l’Iris : une étonnante place de village où se retrouvent badauds consommateurs et salariés du tertiaire autour des grands pots qui portent les arbres comme un champ d’oliviers ; même sans le linge aux fenêtres, on dirait le Sud…

Aquatique

En cette saison, le tour des fontaines s’impose ! De la plus en vue, les 1 500 m2 du bassin de Yaacov Agam et ses 66 jets d’eau en plein cœur du site, magique miroir déformant qui fait danser les tours sur la musique de ses quatre-vingts et quelques couleurs céramiques – à condition évidemment qu’une sécheresse exceptionnelle ne nous prive pas de son eau de jouvence… Jusqu’aux plus discrètes qu’on ne repère qu’au hasard d’une erreur de parcours ou d’un embranchement mal négocié. Les Nymphéas de Philolaos– et l’Oiseau Mécanique qui les accompagne, perché de l’autre côté de l’allée – sont de celles-là. Fleurs de métal brillant gonflées à la surface du bassin, l’image bien sûr de la nature qui reprend ses droits sur le béton, mais avec quelque chose d’étrange qui semble palpiter : la fontaine paisible et l’oiseau magnifique pourraient tout aussi bien évoquer ces morceaux d’ovni tombés du ciel dans les séries B des années cinquante qui, depuis et secrètement, mènent leurs vies d’envahisseurs…

Et la fontaine des Corolles de Louis Leygue, dressée hors de l’eau sur la place du même nom, quelle est-elle ? Derniers pétales d’un artiste très sérieux ou bien minotaure à la face de requin marteau, paisible et puissant, qui laisserait l’eau courir sur son cuivre en attendant que les amateurs de BD de science-fiction y reconnaissent une figure de leur bestiaire familier ? Sans doute l’un et l’autre, l’art ayant cette vertu rebelle de dépasser les intentions de ses créateurs.

Énigmatique

Au beau milieu de ce parc urbain qui se renouvelle sans cesse, les sculptures aux lignes acérées et aux perspectives fuyantes semblent trouver un terrain où s’épanouir. Fraternité de voisinage sans doute. À mesure que l’on s’approche des Doubles lignes indéterminées de Bernar Venet, l’œuvre semble construire de l’aléatoire, ce qui, vous l’avouerez, n’est pas commun ! D’ici, c’est un enchevêtrement complexe de poutrelles comme jetées dans la cour du ferrailleur ; de là, ce sont des rondeurs et des volutes, un presque cercle ; un pas de côté et l’on se prend à y lire des courbes nuageuses dans le reflet des vitrages alentour. Sur le côté le moins fréquenté du Cnit, les 23 mètres en ligne de métal rouillé, cabossé, martyrisé d’After Olympia d’Anthony Caro rendent un hommage sibyllin au fronton du temple de Zeus à Olympie. Mais rien n’empêche de les lire comme une catastrophe ferroviaire maîtrisée : ils en ont la violence et presque le bruit. L’abstraction n’interdisant pas l’humour, les poutrelles obliques de La Défonce de François Morellet traversent de biais le bâtiment du Fonds national d’art contemporain, comme victime d’un brutal accident industriel… Et puis, à l’extrémité ouest du quartier, sur un terre plein herbeux pris dans l’enchevêtrement des voies de circulation, il y a Slat de Richard Serra. Attentif, on repère la sculpture en voiture mais il faut faire l’effort de descendre un jour depuis l’esplanade pour mieux la comprendre. Quatre plaques de fer rouillé assemblées et la cinquième en biais dedans qui fait comme un ciseau de lumière dans une esquisse de cage d’escalier. Quelque chose qui pourrait faire songer au monolithe du 2001 de Kubrick, mais en version fracturée. Ici, comme au bord d’un immeuble qui aurait renoncé, La Défense et ses gratte-ciel semblent commencer – ou s’achever.

L’aventure se poursuit de chemins de traverse en circonvolutions extérieures, il faut oser descendre les terrasses, contourner les angles vifs pour échapper aux angles morts que tous ignorent sauf ceux qui y vivent ou y travaillent, aborder les bordures et dépasser les passages ; bref, s’inventer une autre idée du quartier, qui laisserait de côté le nœud ferroviaire, l’empilement de l’open space et l’activité de fourmilière. Depuis plus de quarante ans, une soixantaine d’œuvres d’art ont poussé en pleine liberté. L’une des petites dernières, Point Croissance de Lim Dong Lak, installée en 2007, privilégie l’intime, le renouveau d’un monde qui voudrait aujourd’hui réconcilier business et nature. La suite de la visite vous appartient, une fois les premiers trophées de ce drôle de safari accrochés à votre panoplie de l’imaginaire.

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