Exposition - Conférence

La Singulière aventure artistique de Renault

Infos pratiques

  • Du 21 avril au 31 décembre
  • Boulogne Billancourt

Île Seguin courant 2018

Entre 1967 et 1986, la Régie Renault a été un lieu d’effervescence et de convergence pour une trentaine d’artistes. Trois cent œuvres forment le socle cette collection d’art moderne et contemporaine qui sera exposée l’an prochain sur l’île Seguin.

Les années 60 ont profondément révolutionné la société française et par conséquent l’art qui s’invite alors à « sortir des musées ». Tournant le dos à l’informel, les artistes prennent en compte la réalité quotidienne et inventent de nouvelles pratiques (accumulation, expansion, retour vers l’archaïque, télescopage d’images, art cinétique…). Les acteurs de cette croisade sont Arman, César, Raynaud, Vasarely, Tinguely, Erro, Hantaï, Degottex, Dubuffet… mais aussi Soto, Le Parc, Takis, Sam Francis, Rauschenberg, Matta, Niki de Saint-Phalle... Ils représentent la plupart des courants internationaux et cherchent « comment faire accéder la société technologique à la possibilité d’une dimension poétique » (Takis). Qu’une entreprise comme Renault décide alors de s’investir aux côtés de ces artistes ne s’était jamais vu en France…

En Savoir Plus

C’est en 1967 que le P-DG de Renault, Pierre Dreyfus a cette intuition visionnaire : « donner une image internationale de Renault à travers l’art ». Il crée le département Recherches, Art et Industrie, à la tête duquel il place un cadre supérieur, Claude-Louis Renard, proche des artistes et d’André Malraux. L’art contemporain est encore confidentiel et non spéculatif. Claude Renard croit à la fécondité de la rencontre de deux mondes jusqu’alors étrangers l’un à l’autre. L’alchimie va se produire. C’est ainsi qu’en 1972, Vasarely et son fils Jean-Pierre Yraval créent le célèbre logo de Renault. En 1973, Claude-Louis Renard demande aux artistes phares de l’époque de participer à l’architecture du nouveau siège social de Renault - quai du Point-du-Jour à Boulogne-Billancourt. Des œuvres monumentales sont créées spécifiquement pour le bâtiment. Les artistes ont désormais une présence réelle au cœur de l’entreprise : « Soto conçoit intégralement le grand hall d’accueil et le restaurant d’entreprise; les sculptures d’Arman, toutes intituléesAccumulation Renault”, sont à l’étage de la direction, Julio Le Parc et Takis à la cafétéria, Jean Dewasne au bâtiment informatique, Vasarely dans les espaces de restauration et Dubuffet envahit les salles de réception avec son Roman burlesque…  Un  bouleversement de tous les repères visuels et réflexes corporels au sein d’un univers par définition très organisé », écrit Ann Hindry, conservateur. Viendront ensuite les panneaux muraux de Jean Dewasne, les Colonnes animées de Pol Bury réalisées grâce à la technologie Renault ainsi que le Pit-Stop de Jean Tinguely (pièces de Formule 1) par exemple mais aussi les Expansions de César...

« Recherches, Art et Industrie »

« Au fil du vécu des artistes avec l’entreprise », le dialogue va se poursuivre pendant vingt ans et se traduire par la production d’œuvres en tout genre : peintures, sculptures, photographies, dessins, intégrations architecturales… La volonté de Renault n’est pas alors de collectionner mais de collaborer avec l’artiste « soutenu, exposé par le constructeur et restant propriétaire de ses œuvres ». En 1998, Claude-Louis Renard écrira : « Pendant les six premières années, de 1967 à 1973, aucune œuvre résultant d’une action entreprise par “Recherches, art et industrie” n’était conservée par Renault. Elle revenait à l’artiste. Par la suite, il fut convenu que nous puissions choisir, parmi les œuvres réalisées, quelques pièces pour constituer un ensemble non revendable… À un moment donné, nous avons, dans l’optique d’une fondation, acheté des œuvres - comme celles d’Henri Michaux - dans le but de compléter les ensembles formés ». Mais la crise économique touche Renault de plein fouet et en 1986, le nouveau P-DG, Georges Besse, procède à l’arrêt des activités artistiques. Un certain nombre de créateurs récupèrent leurs œuvres tandis que d’autres les offrent à l’entreprise. Ainsi Erro donnera-t-il les soixante collages et huit peintures restées en sa possession et de même, le fonds Robert Doisneau, fort de deux cents photographies originales des ateliers. C’est en 1996 que les activités artistiques reprennent sous l’égide de Louis Schweitzer qui fait appel à une professionnelle de l’art, Ann Hindry, nommée à la tête de ce qui est désormais la Collection d’art moderne et contemporain de Renault. Par la diversité des expressions, des matériaux et des formats - de très grands ensembles et de petites œuvres isolées -, par la qualité des interventions artistiques ayant bénéficié de la collaboration technique des ingénieurs Renault, le corpus de la Collection comprend 300 œuvres et 200 photographies.

Collection nomade

En 2000, lorsque le nouveau siège social de Renault s’installe Quai Le Gallo à Boulogne-Billancourt, une grande partie de ce qui est devenu la collection reste gérée dans de nouvelles   réserves, l’autre partie étant réinstallée sur plusieurs sites. Sous la présidence de Carlos Ghosn, la collection continue de s’exporter dans les pas du géant Nissan-Renault. Les intérêts de l’entreprise se conjuguent à l’art pour conquérir d’autres publics, avec succès : le Japon en 2003, le Mexique en 2005-2006, le Brésil en 2009, Moscou et Ryad en 2010, Tel-Aviv en 2011-2012, récemment la Martinique, Istanbul, la Chine avec plus de 200.000 visiteurs à Pékin et Wuhan, et des projets avec le continent sud-américain, le Maroc, la Corée… Depuis 2011, Renault a également repris une démarche de mécénat en produisant deux grandes sculptures grâce à une collaboration technique entre ses ingénieurs et l’artiste Jean-Luc Moulène, ou en sponsorisant une performance de l’artiste en résidence, Aurélia Ivan, aux ateliers d’art d’Aubervilliers, ou de nouvelles œuvres telles que celles des artistes chinois He An et Wenfang, ou que l’artiste turc Arslan Sukan. « Il s’agit de proposer un projet à un artiste et de le sponsoriser par la mise à disposition des moyens techniques nécessaires, précise Ann Hindry. Par ailleurs, nous mettons en place des expositions liées à un secteur d’activité de Renault ou à son siège dans un pays étranger ». Et c’est ainsi qu’en 2018, Renault organisera une exposition temporaire de sa Collection d’art moderne et contemporain au sein du nouveau pôle culturel de la pointe amont de l’Île Seguin. Un retour aux origines de Renault pour une collection qui incarne ce moment singulier de l’histoire de l’art des années 60 où l’utopie devint réalité…

Alix Saint-Martin

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