Musique

Boulogne Billancourt

Natalie Dessay, libre sur Seine

N. Dessay - Crédit CD92 Olivier Ravoire

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La Seine Musicale a choisi la chanteuse pour inaugurer Seine Libre, une série de cartes blanches offertes aux artistes comme autant de portraits musicaux.

À Vienne, les gens arrêtaient dans la rue la plus célèbre des sopranos françaises pour lui faire signer des autographes. Avec sa voix de colorature – la plus haute, aux aigus cristallins – Natalie Dessay était une star de l’opéra, mais pas tout à fait une diva, sans doute parce que le domaine n’était pas le « premier choix » d’une artiste qui a aimé le classique par la danse et qui a toujours préféré incarner des personnages que virevolter entre les contre-ut.

« Dans mon répertoire extrêmement codifié, j’ai apporté de la vie, parce que ce qui m’intéressait c’était de jouer ! Que chaque colorature, chaque vocalise soit théâtrale, et pas seulement une virtuosité sonore. » En 2013, Natalie Dessay décide de quitter les scènes lyriques qui désormais lui retiraient plus qu’elles ne lui apportaient : « Je n’ai jamais été fascinée par l’opéra, même si je trouve que c’est un spectacle magnifique quand il est réussi, magnifique parce que total. Mais pour moi, c’était assez frustrant. On ne peut pas vraiment jouer à l’opéra. Parce que c’est stéréotypé, parce qu’il y a des contraintes techniques, parce que le chant opératique est un geste qui va vers l’extérieur, tandis que le geste d’un acteur est plutôt de recevoir et de réagir. » Et puis il y a le miracle fragile de la voix, qui est aussi – quand ce n’est pas surtout – un souci quotidien : « Comme une athlète de haut niveau, on est à la merci du moindre coup de froid, de la moindre fatigue, de la moindre contrariété même… C’est horrible, il faut toujours être au top de sa forme pour exécuter le geste athlétique le plus parfaitement possible, c’est une pression énorme, et j’ai beaucoup de mal avec ça. »

« Pour ma voix, les rôles à l’opéra sont toujours les mêmes : la jeune première essentiellement, la soubrette parfois, occasionnellement – et rarement – la courtisane, ça s’arrête là ! Or arrivée à 50 ans, je ne me voyais pas jouer Juliette jusqu’à ce que mort s’ensuive… Le ridicule ne tue pas, mais quand même… Ce qui me plaît au théâtre, c’est qu’il y a des rôles pour des femmes de mon âge. » Elle enchaîne dorénavant les pièces avec la gourmandise d’une comédienne qui n’attendait que ça : Und, de Howard Barker, Certaines n’avaient jamais vu la mer, d’après Julie Otsuka au Festival d’Avignon l’an passé, et tout récemment La Légende d’une vie, de Stefan Zweig. « Mais j’aimerais faire une comédie, un jour je jouerai du Feydeau ! » La musicienne n’a jamais cessé de chanter, et c’est autour de sa voix – de ses voix – que s’est dessinée cette Seine Libre, à la façon d’un joli portrait de l’artiste qu’elle est maintenant : « Parce qu’il y aura tout ce que j’aime aujourd’hui, la chanson française, la chanson américaine, le lied et la mélodie classique, le cirque et le jazz ! » Sous la bienveillance émouvante de Michel Legrand, avec qui elle avait beaucoup travaillé, une rencontre pour « le bon plaisir de deux grands enfants ».

« Quand on me donne carte blanche, je commence à paniquer… Et puis, j’ai réfléchi à ce que j’aimais, à ce que je voudrais faire partager… » Dans la loge, maquilleuse et coiffeur peaufinent son apparence, très années cinquante, avant le premier concert de la série en compagnie du big band de Fred Manoukian. « Les yeux, c’est le premier truc que les gens voient, même de loin. » La métamorphose de la voix, elle, est une recherche, une volonté, un désir : « Cela fait maintenant deux ans que je travaille vraiment d’arrache-pied, et je commence seulement à trouver ma voix “normale”. Sans pour autant perdre l’autre, mais ce sont deux voix qui n’ont rien à voir. » Celle de la soprano classique revient au premier plan, le 14 mai, dans un programme inédit, Cœurs amoureux et âmes solitaires : Schubert, Wolf, mélodies françaises et espagnoles, avec la complicité du pianiste Philippe Cassard, avec qui elle partage l’amour du cirque. Cela tombe bien : en octobre, la Seine Libre de Natalie Dessay se poursuit avec un spectacle de L’Envolée cirque, acrobates sur fil souple. « Je vais les présenter, peut-être chanter un peu, mais pas de fil, non ! Il me faudrait dix ans de pratique à pleurer tous les jours… Or j’ai envie d’avoir une vie ! » Une vie musicale nourrie de jazz et de music-hall : en octobre, toujours à l’auditorium, elle incarnera Pannonica, la baronne bienfaitrice et mécène des jazzmen new-yorkais, sur une musique originale du Zoot Octet. Puis ce sera, à la fin de l’année, un hommage à la comédie musicale en compagnie, entre autres, de Neïma Naouri, sa propre fille. Crépitante, explosive, et toujours tendue vers l’avenir, Natalie Dessay est un feu d’artifice.

Didier Lamare

Natalie Dessay, libre sur Seine

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