Musique, Musique

Boulogne Billancourt

Portrait : Gaël Darchen

CD92/OLIVIER RAVOIRE

Directeur musical de la Maîtrise des Hauts-de-Seine depuis 1999, il emmène ses cinq cents jeunes voix en résidence à La Seine Musicale.

« Il faut oser la musique classique ! Oser aller en écouter : tous ceux qui prennent le risque sont conquis. Mais comme pour le sport, il faut le faire de façon vivante. » - Gaël Darchen

L’homme est affable, le musicien généreux, le pédagogue enthousiaste. Et le chef à la tête de la plus grande maîtrise de France, désormais implantée au cœur de la Vallée de la culture des Hauts-de-Seine, dans cette Seine Musicale dont elle partage les espaces et les projets avec Insula orchestra de Laurence Equilbey et l’académie musicale de Philippe Jaroussky. « Grâce au Département, l’outil à la disposition de la Maîtrise, l’environnement artistique, les conditions d’accueil et de travail avec les enfants sont uniques au monde », s’enthousiasme-t-il.

Chanteurs de 6 à 25 ans

Depuis la création de la Maîtrise en 1985, le monde a changé. L’effectif originel de quatre-vingts garçons, devenu mixte en 1997, n’a cessé de s’étoffer. Il comprend aujourd’hui cinq cents chanteurs répartis en une dizaine de chœurs : une première vie, des apprentis aux chanteurs confirmés, de 6 à 14 ans environ ; et une seconde existence, où les garçons, pendant la mue de leur voix, intègrent des ateliers d’art dramatique pendant que les filles chantent au sein d’un ensemble spécifique. « Ils se retrouvent ensuite dans Unikanti, le chœur de chambre des jeunes adultes, composé à 80 % d’anciens de la Maîtrise ». Avec une expérience haut de gamme.

Comme beaucoup de musiciens professionnels, Gaël Darchen s’est vite aventuré dans le grand bain. Fils d’une pianiste amateur, il affichait une passion égale pour l’instrument maternel et la trompette : « Le piano et la trompette permettent de jouer beaucoup de styles de musique. J’ai eu la chance de recevoir une culture très classique et celle de jouer également dans des big bands, des pianos-bars, d’accompagner des classes de danse ou de chant. C’est en travaillant dans les conservatoires de l’Essonne que j’ai découvert à 18 ans l’univers du chant, de l’opéra, du ballet. D’abord comme pianiste accompagnateur, puis comme chef de l’ensemble vocal de l’Hurepoix. » Avec lequel, il « écume les églises parisiennes », en compagnie de Mozart, puis de Bach, dont la Passion selon Saint-Jean demeure aujourd’hui une œuvre repère pour sa sensibilité : « Un choc, au-delà même du musical. »

Répertoire lyrique

De ces années de formation, lui est resté un froncement de nez devant l’élitisme - si l’on osait user d’un mot maltraité ces derniers temps, on parlerait d’un certain sens du populaire. Qui rejoint les préoccupations d’ouverture à tous et de gratuité de la maîtrise départementale. D’autant que depuis 1995 et son « label » chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris, la maîtrise se retrouve exposée au répertoire lyrique et dramatique, au-delà donc de l’inspiration religieuse de ses voisines anglo-saxonnes ou slaves. « En accueillant toutes les obédiences, la Maîtrise réussit quelque chose de rare dans notre société : réunir toutes les chapelles sous une seule, celle de la musique ! » Le grand répertoire du XIXe siècle, mais aussi les compositeurs modernes et la création contemporaine - la Maîtrise affiche à son tableau d’honneur Arnold Schönberg et Francis Poulenc, Henri Dutilleux et Philippe Manoury… Tout comme, à l’opposé du spectre, l’ex-Pink Floyd Roger Waters, ou Bruno Coulais, au programme des Folies Bergères avec Les Choristes jusqu’à la mi-juin.

 

Pédagogie universelle

Les critères d’admission à la Maîtrise sont relativement simples, d’autant que la capacité de lire la musique n’en est pas un : « La plupart de nos enfants ne savent pas lire une partition ! Notre modèle, de plus en plus imité, fonde l’apprentissage sur le plaisir. La motivation compte en premier lieu, la vivacité d’esprit qui est déterminante pour pouvoir aborder la musique, des capacités de mémorisation importantes, et bien sûr… une jolie voix et une bonne oreille ! »

Les bénéfices de la pratique musicale ne se cantonnent pas à l’oreille, et c’est une de ces surprises que réservent les arts lorsqu’ils sont pratiqués sous bonne conduite. « Faire de la musique apporte d’abord une autonomie, et donc une liberté, ce qui est essentiel dans notre monde. L’autodiscipline, les efforts consentis, la notion de travail accompagneront les enfants toute leur vie. » D’autant que la musique développe des valeurs collectives dont on se demande parfois si elles sont encore tendance : la solidarité, la capacité de travailler en équipe… « Tout ici est mis à disposition des enfants pour qu’ils travaillent ensemble. Et ce, quel que soit leur milieu social d’origine puisque la Maîtrise est gratuite. C’est ce modèle éducatif qui nourrit l’aventure de nos jeunes chanteurs. »

Didier Lamare

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