Festival - Evénement, Musique

Boulogne Billancourt

Prix Chorus 2019 : Oktober Lieber

« Comme dans un film d’épouvante, on a cherché à créer en six titres, toutes sortes d’émotions : l’effroi, la peur, l’angoisse existentielle… »

Avec leur électro sombre et dansante, Charlotte Boisselier et Marion Camy-Palou ont décroché le prix Chorus 2019. Rencontre avec deux filles pas si dark.

À la croisée de l’univers oppressant de Deeat Palace, projet de Marion Camy-Palou, et de l’électro rétro-futuriste d’Ambeyance, de Charlotte Boisselier, Oktober Lieber résiste à toutes les tentatives de mise en boîte : « On n’est ni dans le métal, ni dans le gothique, ni dans le funk, ni dans le disco. Notre style est compliqué à définir mais si vous nous écoutez, c’est très simple ! », expose Marion.

L’humain et les machines

Leur appartenance à la famille des wave music, qui déroule depuis la fin des années 1970 ses vagues de synthés sur des rythmes hypnotiques, ne fait dès lors plus de doute. La leur est sombre, pour la couleur, froide, pour la température. Une minimal wave bancale, dissonante, inquiétante comme la bande-son d’un film de John Carpenter – qu’elles admirent - dans laquelle se serait toutefois glissé un rayon de soleil pop : mélodies et refrains entêtants, plages dance, voix humaines – et cris - au milieu des machines. « On se sent dark, mais pas tant que ça. Tout dépend de vos références », lance Marion. Bien que portant du noir ce jour-là, elles sont loin de ressembler aux créatures qu’on verrait bien hanter leur son. Elles sont même plutôt joyeuses.

Voyage imaginaire

Parisiennes depuis près d’une décennie, elles ont quitté Dax pour Marion, Carcassonne, pour Charlotte, pour une vie d’artiste, entre DJ sets, cachets d’intermittentes du spectacle. Diplômée en musicologie, Charlotte est une experte du son, geek revendiquée. Plus inattendu, Marion travaillait au départ en Chambre d’agriculture. Elle a « tout plaqué » pour des études de théâtre, à Bordeaux puis Nanterre. Jusqu’à ce que le versant musical qu’elle a toujours entretenu l’emporte sur le reste. « Pendant des années, à chaque déménagement je créais un nouveau groupe ! » En 2013, Charlotte intègre l’un d’entre eux : Centre aéré, projet pop no-wave de Marion. Puis naîtra quelques années plus tard le duo Oktober Lieber, en 2017. « Lors d’une soirée, on a improvisé un set électronique un peu « club » en duo à partir de morceaux minimal wave que Marion avait écrit, et le live a été très bien accueilli. On n’était pas parties pour devenir un groupe mais ce qui s'est passé ce soir là était fort. On a continué sur notre lancée  », sourit Charlotte.. Le nom est un clin d’œil à October Love Song de Chris and Cosey, pionniers de la musique industrielle et électronique. Après un premier titre, Noir Piscine, In Human sort en octobre 2018 sur le label Le Turc Mécanique. Le bien nommé Visions donne le coup d’envoi d’un voyage imaginaire dans des contrées plutôt sombres, donc : « Comme dans un film d’épouvante, on a cherché à créer en six titres, toutes sortes d’émotions : l’effroi, la peur, l’angoisse existentielle… », détaille Marion.  Il y a The Attacker, avec sa pop discoïde, Freiheit, plus techno, Her Morphology et Computer Model, taillés pour le club, ou encore l’orientalisant Temple House.

Vingt-cinq dates

Prolongées sur scène par des éclairages et un décor minimaliste à la Kraftwerk, ces ténèbres festives ont séduit le jury du prix Chorus. Avec les 10 000 euros octroyés, elles comptent, entre autres, mieux se faire connaître à l’étranger. « On n’est plus des inconnues en Belgique, en Suisse et en Scandinavie. On voudrait maintenant cibler l’Angleterre ». Même si toutes deux parient aussi beaucoup sur le terrain, la scène : « Notre premier album a été bien reçu, reste à fidéliser le public. S’il y a un tournant, ce sera lors de notre tournée d’été ». Avec vingt-cinq dates du printemps à la fin de l’été, et pas des moindres, l’agenda live est chargé. Au programme : des festivals très électro comme The Peacok Society, en juillet, et d’autres, plus grand public, comme La Route du Rock ou le Cabaret Vert, en août. Le grand écart ? « Il nous arrive régulièrement d'entendre : “je n’ai pas l’habitude d’écouter ce genre de musique, mais j’aime beaucoup ce que vous faites ” », lance Charlotte, confiante. Inclassable, c’est ce qui fait la force d’Oktober Lieber.

Pauline Vinatier

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