Exposition - Conférence, Festival - Evénement

Boulogne Billancourt

"Reflets de guerre : 14-18 en lumière"

Théophile Alexandre Steinlen - Les DRpermissionnaires ,

Infos pratiques

À l’occasion des commémoration du centenaire, le MA-30 propose l’exposition « Reflets de guerre : 14-18 en lumière ». À partir du 12 novembre à Boulogne.

Ouverte au public au lendemain de l’anniversaire de l’armistice, cette exposition couvre les quatre années de la Grande Guerre. Le parcours déroule trois thématiques : « Se mobiliser pour la guerre », « Vivre la guerre », « Se souvenir et reconstruire » et facilite la consultation des documents numérisés par l’usage de bornes tactiles. Illustrant les deux premières sections, une centaine d’affiches sont signées Poulbot, Faivre, Jonas, Goursat dit SEM, Sterner... et Charles Fouqueray ! Cette propagande mobilise l’opinion, appuie le lancement des emprunts nationaux successifs, soutient l’effort de guerre, incite aux restrictions alimentaires et crée une solidarité entre la population à « l’arrière » et les Poilus au front. Les slogans sont évocateurs : « Pour la France versez votre or » (1915), « La journée du Poilu » (1915), « On les aura ! » (1916), « Réservez le vin pour nos poilus » (1918), « US Navy – Over there » (1917), « Pour la liberté du monde » (1918)… En écho, les dessins (Jean-Julien Lemordant, Gilbert Privat et Théophile Alexandre Steinlen) et les ouvrages illustrés par André Hellé, Paul Moreau-Vauthier… racontent la vie quotidienne des civils, celle des soldats au front et les destructions (Verdun, l'incendie de la cathédrale de Reims…). Mais le plus étonnant, c’est ce catalogue de onze grandes lithographies sur papier intitulées « Section de camouflage » (1915) de Pierre Patout, qui montre au public un aspect méconnu de l’activité des artistes enrôlés dans l’armée pour « tromper l’ennemi » en dessinant de faux villages, de faux arbres, de fausses vaches, de fausses meules, de faux rochers…

Monuments
Pour illustrer la section « Se souvenir et reconstruire », noyau historique de l’exposition, des œuvres graphiques et sculptées ont été totalement restaurées. La période de l’entre-deux-guerres ayant été l’âge d’or artistique de la ville de Boulogne, nombre d’artistes s’y étaient installés, en particulier les sculpteurs dont les ateliers répondaient alors aux concours lancés pour l’édification de monuments aux morts. Au musée, les cinquante-cinq esquisses de toutes tailles (plâtre, bronze ou terre cuite) de ces monuments sont pour la plupart signées des grands noms de la sculpture de l’époque : Landowski, Blondat, Loyau, Lenoir ou Privat.... Les typologies se réfèrent aux grandes figures : la Victoire, le Poilu, la Veuve et l’Orphelin ou encore la Femme résignée… Max Blondat, lui, se tourne vers l’antique pour sculpter une Victoire. Inspiré par les enfants, Blondat en fait des icônes : un garçonnet casqué, surmonté d’un coq, caractérise le monument de Mailly-le-Château. Pour le monument d’Épinay-sur-Seine, Carlo Sarrabezolles privilégie le style Art Déco dans une Victoire, pourvue d’une paire d’ailes, tenant une couronne de lauriers dans chaque main. Certaines de ces maquettes touchent au gigantisme comme celle de Marcel Loyau haut de 3,50 m. Deux de ses reliefs sont d’ailleurs exposés dans la nef Landowski. En amont de l’exposition, une campagne photographique a saisi les monuments dans leur environnement actuel. Reproduits sur des panneaux géants placés à l’arrière des maquettes correspondantes, ils offrent une intéressante mise en perspective entre les étapes de la création et la réalisation grandeur nature.

Fantômes
Mais le maître des sculpteurs boulonnais de l’entre-deux-guerres et celle de la sculpture monumentale funéraire en France est incontestablement Paul Landowski qui a signé plus de trente monuments dans l’Hexagone mais aussi à l’étranger. Parmi les nombreuses maquettes de Landowski, on remarquera son grand Bouclier, un plâtre exécuté pour le monument aux morts en bronze situé à la mairie du XVIe arrondissement de Paris. Chaque motif de ce bas-relief ouvragé représente les batailles menées par la France. Landowski a toujours eu une idée spirituelle de la commémoration et sa statuaire publique est chargée de sens. Le monument qui lui est commandé pour le cimetière Pierre-Grenier de Boulogne, inauguré en 1924, évoque avec grandeur une femme accablée et son enfant. La source de l’inspiration du sculpteur est notée dans son journal :  « Je ferai là cette statue, cette femme que j’ai vu adossée à un pilier de la gare d’Orsay et qui pleurait, les bras tombants, sans un geste ».

Le pièce phare de l’exposition est certainement la maquette originale du monument Les Fantômes, commandé par l’Etat en 1919 à Landowski. Il fut inauguré en 1935, à l’endroit où le repli des Allemands décida du sort de la seconde bataille de la Marne. Le monument comporte sept soldats morts, un par corps d’armée. Leurs yeux sont clos, leurs corps inclinés semblent s’arracher à la terre pour entourer une figure adolescente incarnant la jeunesse sacrifiée. Ce groupe a été placé sur la butte de Chalmont d’où il domine la plaine cent ans après la tragédie. Pour les atteindre, il faut gravir quatre séries de marches symbolisant les années de guerre. Devant eux, au sol, une femme se dresse, sans autres armes qu’un bouclier défensif orné d’allégories « Liberté-Egalité-Fraternité » : c’est La France ! Car Landowski n’a pas choisi de représenter une déesse grecque ou romaine, une Minerve ou une variation de la Victoire de Rude ou de Samothrace mais la Paix. En 1916, il écrivait dans son journal : « Ces morts, je les relèverai… »
Alix Saint-Martin

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