vallee culture: Remise du Prix Chateaubriand à l'Institut de France

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Remise du Prix Chateaubriand à l'Institut de France

CD92/WL ,

Infos pratiques

Lauréat du Prix Chateaubriand, Alexandre Grandazzi, professeur de langue et de littérature latines à l’université Paris-Sorbonne, retrace l’histoire de Rome à travers ses monuments. La remise officielle du Prix a lieu ce jour à l'institut de France, suivie d'une conférence de l'auteur. Interview.

Les ouvrages fourmillent sur l’histoire de la ville de Rome. Pourquoi avoir décidé de consacrer un livre sur ce sujet et cette période des origines de Rome à la mort d’Auguste en 14 après J.-C. ?
Il n’existait pas de livre consacré exclusivement à la ville de Rome en tant que centre monumental. J’étais conscient que l’extraordinaire moisson de découvertes autour de la topographie romaine n’était pas accessible au grand public. Il m’a semblé intéressant de montrer non pas une Rome déjà existante, mais comment une ville est née à partir d’un hameau de quelques cabanes. Ce livre est la biographie d’une ville, donc il était important de raconter son enfance et son adolescence.


Comment définir l’Urbs, le sujet de votre livre ?

Dans mon récit, il s’agit de la limite de la muraille construite au VIe siècle avant notre ère. Cette limite symbolique correspond à une limite religieuse, celle du pomerium. Mon livre retrace donc l’histoire du centre de Rome intra muros.

De Rome on connaît tous sa formation symbolique avec Romulus et Remus. Or les premières traces d’habitat sont plus anciennes…La tradition romaine dit que Romulus et Remus ont fondé Rome sur un Palatin désert au milieu du VIIIe siècle avant J.-C. Or nous savons aujourd’hui que cette zone était déjà occupée depuis au moins le Xe siècle avant notre ère. La tradition dit vrai : ce n’est certes pas la première étape mais elle est tellement importante que les Romains ont décidé qu’ils la considèreraient comme la première.

Vous écrivez que le site de Rome est peu adapté pour abriter une cité-État…
C’est effectivement un paradoxe que cette ville-monde se soit développée à un endroit qui ne présentait pas d’atouts évidents. À Rome, le site est morcelé avec un Capitole tout petit qui fait seulement quatre hectares. En bas, vous avez des marais et le Tibre, qui déborde très souvent. Rome s’est installée sur la rive gauche du fleuve qui forme un axe naturel de communication. Qui dit site fluvial dit site d’échanges entre deux régions très riches, l’Étrurie et la Campanie. C’est à ça que Rome va devoir son extraordinaire développement : elle était un site de passage et de péage.


Tout au long du récit, on constate que la construction de monuments est étroitement liée aux conquêtes de Rome…
Chaque prise d’un nouveau territoire était accompagnée par l’aménagement d’un nouveau monument. Qui dit conquête dit butin dont une partie servira à construire un temple pour un dieu. Le temps des temples a vraiment surgi lorsque la conquête romaine a pris un rythme soutenu, à partir du IVe siècle avant notre ère. Mais ces temples étaient beaucoup plus modestes que ceux que nous voyons aujourd’hui. Sur le fronton du temple il y a généralement inscrit le nom de celui qui l’a fait construire. Ces temples sont donc aussi les vecteurs d’une mémoire collective.


On finit tout de même par assister à une surenchère de constructions au Ier siècle avant notre ère entre Sylla, César, Auguste et Pompée…
La recherche du record est très romaine. Il s’agit toujours de faire plus et mieux que son adversaire. Cela se traduit par des monuments et des mises en scène urbaines qui font parfois passer Rome pour Hollywood-sur-Tibre ! Sylla, Pompée, César et Auguste ont un pouvoir tellement étendu par rapport à leurs prédécesseurs qu’ils peuvent se permettre des initiatives monumentales d’une portée sans précédent. Par exemple, lorsque Pompée fait construire son théâtre de vingt mille places, César décide alors de faire sa naumachie : douze hectares d’un seul tenant pour une seule représentation avec deux flottes luttant en pleine ville !


Propos recueillis par Mélanie Le Beller


En Savoir Plus

Un prix remis à l’Institut de France Le Prix Chateaubriand, créé en 1987, est doté à hauteur de 8 000 euros par le Département. Après sa proclamation en novembre dernier depuis la Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry, Alexandre Grandazzi se verra remettre son prix à l’Institut de France à Paris le 8 février prochain. Cette cérémonie, suivie d’une conférence du lauréat, est ouverte au grand public sur réservation au 01 55 52 13 00 ou par mail à reservations-chateaubriand@hauts-de-seine.fr.

Alexandre Grandazzi, Urbs : histoire de la ville de Rome, des origines à la mort d’Auguste, éditions Perrin.

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