Exposition - Conférence

Issy-les-Moulineaux

Anne-Sarah Le Meur : "Au creux de l'obscur"

Erre 04 2014 DR ,

Infos pratiques

Anne-Sarah Le Meur, Au creux de l’obscur, jusqu’au 13 juillet. lecube.com

Au Cube d’Issy-les-Moulineaux, Anne-Sarah Le Meur propose une expérience visuelle et sensorielle : Au creux de l’obscur. Des images abstraites, fixes ou en mouvement sur des écrans, qui invitent à la contemplation.

Depuis trente ans, Anne-Sarah Le Meur s’interroge sur la « corporéité en images de synthèse ». Elle conjugue sa formation de mathématicienne à son doctorat en arts plastiques pour développer, à base d’algorithmes et de savants calculs, un travail singulier sur la couleur et la perception. « Les œuvres ouvrent sur une 3D presque sans volume où les jeux de matière, de lumière et les sensations tactiles prédominent », explique-t-elle. Ces structures narratives et temporelles se déploient en temps réel, s’enchainent, s’évanouissent, renaissent, au long d’un récit réinventé à l’infini. Dans l’installation cylindrique Outre-ronde (jusqu’au 31 mars), l’environnement virtuel relie le déplacement actif d’une personne à la totalité de son champ visuel, révélant sa dimension panoramique. En se déplaçant au cœur du dispositif, le spectateur joue avec les formes colorées « vivantes » qu’il voit se rapprocher de lui, tente de les capturer, en vain, elles se dérobent poétiquement. Le dialogue instauré entre le corps de la personne et les formes « vivantes » ouvre à l’infini le champ des perceptions…

Sources picturales
« La peinture a eu un rôle initial déterminant dans ma prise de conscience du plan de l’image et des sensations que pouvaient déployer les couleurs », confie Anne-Sarah Le Meur. « Les tableaux de Rothko et les installations de James Turell m’ont permis d’éprouver la qualité des matières-lumières et des sensations visuelles intenses. Il en est de même avec l’œuvre Anticipation Of The Night (1958), du cinéaste expérimental Stan Brakhage ». L’artiste évoque aussi le rôle joué par les textes de Samuel Beckett, tels que Pour finir encore ou Compagnie, et d’Edgar Poe, Le Puits et le Pendule, qui, « en plongeant le lecteur dans l’absence de lumière, exacerbent le toucher, la notion d’espace et la conscience du corps ».  Le projet Au creux de l’obscur est né de ces sensations corrélées à l’imaginaire dont les séquences ont pris pour nom Aforme, Horgest, Etre-en-tr… , Là où cela veut poindre, Œil-océan, Gris-Moire, Vermille. Le traitement du matériau lumineux et de ses variations subtiles dans la pénombre intègre « toutes les fragilités de la vision et les incertitudes perceptives indicibles qui sont éprouvées de l’intérieur ». Pour le spectateur, rien n’est figuré, rien n’est à reconnaître, les images sont fugaces et abstraites. L’exploration passe de surfaces entièrement animées par des mouvements imperceptibles de respiration, à des ensembles aux textures fibreuses et douces qui évoquent simultanément divers mondes (végétal, aquatique...). Plus loin, les formes se superposent et stratifient l’espace en cassant la perspective linéaire. La perception est aussi stimulée par « les bords » - le champ périphérique de la vision - une zone où l’identification est impossible : « Il s’agit de faire percevoir et sentir comme si on n’avait jamais vu, comme si on ne savait rien ».

« Petites perceptions »
L’expérience esthétique des « petites perceptions », celles qui vont entrer dans nos pensées pour s’associer à des sensations dont nous avons eu l’expérience et pour nous conduire à agir, montre que les organes du corps sont les opérateurs de la perception. Dans l’installation cylindrique interactive Outre-ronde (de la 3D temps réel), le corps entier du spectateur est ainsi affecté par l’environnement, il interagit avec les couleurs comme pourrait le faire un papillon sur l’air. Le dyptique Vermille fait vivre l’expérience de l’évanouissement des images comme une mort au ralenti, sans que la perception cesse ; la sensation d’« intranquillité » qui en découle est proche de certains tableaux du peintre Rothko. L’environnement virtuel de Gris-Moire est construit sur des lumières grises que le rose, le jaune et le noir animent lentement, accordant leur tempo à la musique de Kumiko Omura. Le surgissement de l’image s’opère tout près du visage, tendrement, pour s’effacer doucement l’instant suivant, laissant place à des sensations d’absence, de désir, d’attente…
Alix Saint-Martin

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