Patrimoine

« L’occupation des Hauts-de-Seine est très ancienne »

Le service départemental d'archéologie

Antide Viand - CP/CG92,

Archéologue, Antide Viand est à la tête du service départemental depuis sa création en 2006. Avant cela, il avait notamment dirigé les fouilles de Nanterre au début des années 2000.

 

Pourquoi les Hauts-de-Seine sont-ils un département intéressant d’un point de vue archéologique ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le potentiel archéologique est fort dans le département et ce pour toutes les périodes. Les traces les plus anciennes retrouvées à ce jour datent du Paléolithique moyen, c’est-à-dire de l’époque de l’Homme de Néanderthal. Elles ont été mises au jour au milieu du XIXe siècle à Levallois dans des carrières. On doit cette découverte à Eugène Belgrand, un ingénieur français, géologue de formation, qui participa à la rénovation de Paris dirigée par le baron Haussmann. Ce site, à la fois l’un des plus emblématiques et des plus méconnus du département, a d’ailleurs donné son nom à une technique de débitage du silex, la technique dite de « Levallois ».

Quels sont les autres sites emblématiques ?
Le hasard fait qu’il y en a au moins un par période voire par commune. Outre Levallois, il faut mentionner les campements de chasseurs-collecteurs de Rueil-Malmaison, datés de la fin du Paléolithique et du Mésolithique. Pour le Néolithique, les communes concernées sont plus nombreuses. On peut d’ailleurs encore en voir des traces aujourd’hui comme les mégalithes de Meudon et du bois de Clamart. À Vanves, les abords de l’église Saint-Rémy ont livré d’importants vestiges antiques et médiévaux : des thermes gallo-romains, des ateliers de potiers et des résidences aisées. À Bourg-la-Reine, enfin, les fouilles ont permis d’étudier les vestiges d’une manufacture de faïence et de porcelaine datant de la fin du XVIIe siècle. Le Département a connu une occupation très ancienne et toutes les périodes y sont représentées.

Comment cela s’explique-t-il ?
Le contexte était favorable à l’installation de l’homme car diversifié, notamment grâce à ce méandre de la Seine, la boucle de Gennevilliers, plaine inondable fort bien irriguée et propice aux cultures. Or, à partir du Néolithique, se développent l’élevage et la culture. Cette boucle est aussi riche en matières premières à commencer par le sable, mais aussi le silex, l’argile, le calcaire… À chaque période, les populations ont pu s’appuyer sur les gisements locaux pour accompagner les progrès technologiques. L’histoire des Hauts-de-Seine est aussi étroitement liée à celle de Paris. Je pense par exemple aux carrières de calcaire liée à la construction des immeubles parisiens. Et il ne faut pas oublier le rôle majeur des axes de communication en direction de l’Ouest depuis l’époque romaine au moins. Autour de ces voies, les hommes s’installent. C’est un peu la même chose aujourd’hui lorsqu’on construit une autoroute ou une ligne de TGV, bien souvent rapidement sortent de terre des Zac ou des lotissements.

Qu’en est-il de Nanterre qui serait la Lutèce pré-romaine ?
Tout commence au début des années 90 avec le lancement des travaux de l’A86. Des vestiges de la période gauloise sont mis au jour. On s’aperçoit non seulement que des vestiges peuvent être conservés dans les Hauts-de-Seine et que l’urbanisme n’a pas tout détruit mais aussi qu’ils peuvent être d’une importance tout à fait considérable. Des vestiges de qualité et en quantité s’étalaient sur plusieurs hectares. Parallèlement, c’est l’autoroute A14 qui est aménagée. On découvre notamment des aménagements de berges datant des époques gauloise et romaine. Donc des vestiges plus ou moins contemporains de ceux découverts sous l’A86, ce qui donne un site de quinze à vingt hectares, donc une ville. Il faudra attendre 2003 et une nouvelle intervention pour confirmer l’importance du site. Le constat est simple : une partie de territoire de Nanterre était occupée par une agglomération gauloise fondée au milieu du IIe siècle avant notre ère et abandonnée dans les années 30 avant notre ère. Les fouilles ont mis en évidence la présence de secteurs artisanaux, de zones résidentielles, d’espaces publics et de rues. De nombreux objets sont mis au jour : vaisselle, outils, bijoux, épées, lances et boucliers… On a aussi retrouvé des monnaies ratées à la frappe et des instruments comme une balance d’orfèvre qui indiquent que ce site concentrait un certain nombre de richesses et qu’il était un très vraisemblable lieu de pouvoir économique et politique.

Alors, Nanterre était-elle la capitale des Parisii avant la conquête romaine ?
Les Parisii vivaient sur un territoire un peu plus grand que le Grand Paris, si vous me permettez cet anachronisme. Or, sur ce territoire, il n’y a pas de site comparable à celui de Nanterre. À Paris, il n’y a pas des vestiges gaulois significatifs, même pas sur l’île de la Cité. Conformément aux descriptions faites par César dans La Guerre des Gaules, si vous cherchez un site urbain du Ier siècle avant notre ère au contacte de la Seine sur le territoire des Parisii, il n’y a que Nanterre. Malgré tout cela, il faut rester prudent. Si l’on remonte une vingtaine voire seulement une quinzaine d’années en arrière, on ne soupçonnait même pas l’existence du site de Nanterre ou celui de Bobigny en Seine-Saint-Denis qui livre pourtant la plus grande nécropole gauloise connue à ce jour en Europe... Les vingt prochaines années peuvent donc nous réserver des surprises.

Est-ce vraiment possible ?
L’archéologie préventive qui intervient en amont des projets s’est considérablement développée. On intervient sur beaucoup de parcelles urbanisées autour de Paris. Il y a de moins en moins de chances qu’un site énorme soit découvert. Mais ce n’est pas exclu. Dans les Hauts-de-Seine, il y a encore de nombreuses communes où l’on n’est pas intervenu. Le problème est que le département est fortement urbanisé. Même s’il y a 45 % d’espaces verts, ces espaces sont bien souvent boisés. L’archéologie aérienne qui consiste à photographier des zones dégagées pour voir apparaître des indices invisibles au sol n’est pas utilisable. Tout comme la prospection électrique du sous-sol parce qu’il y a superposition. Ce qui est une richesse mais aussi une difficulté. Il faut donc attendre de pouvoir intervenir. Là, par exemple, fin juillet nous avons un projet à Puteaux. Tout ce que l’on connaît de la ville, c’est un trésor monétaire gaulois dans l’enceinte de La Défense. Ce nouveau chantier concerne le centre-ville ancien. Les rues à angle droit tout autour de l’église correspondent à une structure particulière, celle d’une ville nouvelle médiévale créée à la fin du XIIe siècle. Nous avons la possibilité d’intervenir sur tout un pâté de maisons. Peut-être que tout aura déjà été détruit puisqu’il y a des sous-sol. Mais s’il y a des vestiges, ils seront de première importance étant donné qu’on ne connaît ce site qu’au travers de textes. Ils permettront de comprendre ces villes construites ex nihilo, à partir de rien, au bord de la Seine au Moyen Âge.

 

Propos recueillis par Émilie Vast

  • Imprimer
  • Agrandir le texte
  • Envoyer à un ami

Rechercher dans l'agenda

Catégories

Annuaire des lieux culturels

Actualités les plus consultées