Théâtre - Danse

« Donner à penser et à espérer »

DR,

Jean-Louis Martinelli, directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers

Il y a douze ans, Jean-Louis Martinelli était nommé à la tête du Centre dramatique national de Nanterre, théâtre pionnier et symbolique, s’il en est, dans l’histoire de l’art dramatique du territoire. En s’inscrivant dans cette belle filiation qui regarde le théâtre comme une série de permis de transgresser en libérant l’imaginaire, il a œuvré en tant que metteur en scène. Risquant de beaux « allers/retours » entre le répertoire classique et contemporain, ses choix privilégient ces endroits du monde, dans l’ordre intime comme dans le désordre public, en proie au déséquilibre, à l’ubris. Il signe cette saison sa dernière programmation aux Amandiers, à laquelle le vibrant propos d’Oenone dans Phèdre à l’acte IV sert de fil rouge : « Ah Dieux ! Pour la servir j’ai tout fait, tout quitté. Et j’en reçois ce prix ? Je l’ai bien mérité ».

« Dans cette période de transition, que puis-je souhaiter à mon successeur, au théâtre des Amandiers, si ce n’est d’avoir à échapper au discours ambiant, particulièrement dangereux à mes yeux, qui consiste à faire valoir une réduction des marges de manœuvre économiques accordées à nos institutions au nom de la période de crise que nous  traversons ?
Je crois au contraire que le théâtre est justement ce domaine dans lequel, dans les moments critiques, plus qu’un autre encore, il devient nécessaire d’investir. Non pas en arguant d’une quelconque utilité, argument toujours futile, mais en faisant valoir comment en le servant nous servons la création de lien social et la génération d’une activité économique tout en instruisant une dynamique qui échappe au mot d’ordre de la recherche de profit.
Nous créons de la valeur, de cette valeur qui met en jeu la question de la transcendance de la société, de celle qui donne à penser et à espérer dans la forme d’un effort qui est propre à l’art.
Aujourd’hui, alors que je m’apprête à mettre un terme à douze années de partage de vie avec cette équipe, je voudrais éviter toute confusion malheureuse.  Quand on prend la tête d’un théâtre, on sait bien qu’il ne nous appartient pas. Mais pour qu’il soit, il faut bien que nous nous l’approprions un peu, beaucoup, à la folie, passionnément…Mieux que cela peut-être, pour bien mettre en valeur tout le paradoxe lié à l’exercice de la direction d’un lieu de théâtre, il faut pouvoir dire « je » pour que le théâtre prenne corps, existe et puisse être approprié, puisse faire « nous »  instruisant une communauté dans l’acceptation comme dans la critique.
Aujourd’hui, avec les nouveaux projets qui, pour moi,  voient le jour, je vais servir dans un cadre différent, celui d’une compagnie, une même ambition : donner à penser et à espérer ».

Propos recueillis par M.-E.G

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