Théâtre

Critique

Un « Oncle Vania » stupéfiant aux Amandiers, à Nanterre

Oncle Vania © Michel Corbou,

La pièce d'Anton Tchekhov dans une mise en scène d'Alain Françon monte sur le plateau des Amandiers.

 

Une verte prairie aux herbes hautes ondoie et bourdonne à l’arrière-plan derrière les baies vitrées ouvrant sur une salle à manger dont le rustique, dans le détail, le dispute au cossu. Sur la table aux fermières et généreuses envergures le samovar et ses tasses fleurent la porcelaine fine. Le transport dans la datcha campagnarde russe de cet Oncle Vania d’Anton Tchekhov, monté par Alain Françon, au Théâtre des Amandiers, est immédiat.
Grâce à la justesse, à la méticulosité, à la fluidité de la mise en scène, rien ne viendra perturber cette immersion sensible totale provoquée par le premier tableau, émotion comparable à celle qui étreint le lecteur captivé dès les premières lignes, incapable de poser l’ouvrage avant la dernière page.
Le professeur Sérébriakov en fin de carrière décide de se retirer avec Elena, sa jeune et ravissante seconde épouse, à la campagne, dans le domaine ayant appartenu à sa première femme décédée.  Sur la propriété, où, depuis la mort de sa sœur,  il vit avec sa mère, sa nièce, Sonia, et quelques amis, Oncle Vania, a fait office de régisseur. L’arrivée du couple va bouleverser la vie quotidienne de chacun des protagonistes. La banalité sublime d’existences passées à côté du bonheur est exhibée sans commentaires, toute en nuances.  Elle éclate comme des bulles d’air à la surface d’un lac. Sans bruit. Sans tragédie. Presque comiquement.
Le temps fond, engloutissant tout au rythme de ces « Scènes de vie à la campagne » selon le sous-titre donné à cette fresque immobile et chorale où le motif insignifiant devient principal à moins que ce ne soit l’inverse. La chronologie mange la logique au profit d’un présent condensé comme stupéfié.
Les acteurs se coulent dans le motif, concentrés,  portés par la limpidité des enjeux de la mise en scène.  Tous ravissent chacun dans leur rôle. Mais,  dans l’équilibre d’une distribution particulièrement réussie, il y a Gilles Privat en Oncle Vania, magnifique d’intelligence de jeu.

Marie-Emmanuelle Galfré

En savoir plus

Jusqu’au samedi 14 avril 2012, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30, Théâtre Nanterre-Amandiers, 7, avenue Pablo Picasso, Nanterre, tarifs : de 26€ à 12€, tél : 01.46.14.70.00, www.nanterre-amandiers.com 

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