Théâtre

Critique

Un frissonnant Jan Karski (Mon nom est une fiction) aux Gémeaux à Sceaux

Jan karski© DR,

Une tragédie du silence et de l'oubli mise en scène par Arthur Nauziciel.

 

Un lourd rideau noir masquant le plateau surplombe la scène des Gémeaux en accrochant le portrait cadré serré de la statue de la liberté. A l’avant, deux fauteuils années cinquante encadrent une table de bois et de verre soumis aux feux des projecteurs et placés sous l’œil d’une caméra. Assis, il y a un homme. L’homme à l’incroyable périple, témoin de l’immonde, messager porteur de l’inaudible que Claude Lanzmann fait parler et véritablement entendre pour la première fois en 85 dans son film essentiel, Shoah : c’est Jan Karski, celui qui de ses yeux a vu l’extermination des juifs du ghetto de Varsovie à l’œuvre, celui qui tentera tout auprès de ceux qui ont le pouvoir d’agir jusqu’à obtenir une entrevue avec Roosevelt et qui en dépit du livre publié en 1944, « Mon témoignage devant le monde », sera un grand oublié de l’Histoire ou presque.
Le théâtre, qui donne chair au verbe et le ressuscite, peut, mieux que n’importe quelle autre forme d’expression artistique, sortir, cette tragédie du silence, de l’oubli, en la donnant à voir et à ressentir dans un même geste. L’ambition du metteur en scène Arthur Nauziciel, à cette heure où les témoins directs de l’holocauste commencent à disparaître, s’aventure à ces hauteurs là : celle d’une tragédie contemporaine aussi cathartique que mémorielle. En prenant appui sur la fiction du romancier Yannick Haenel publiée non sans polémiques en 2009 et  construite comme en trois actes (parole filmée par Lanzmann, autobiographie de Jan Karski, imaginaire du romancier qui fait parler le héros au présent), il s’élance en évitant l’écueil du didactisme.
De beaux temps forts rythment le déroulement de ce frissonnant poème dramatique qu’est Jan Karski (Mon nom est une fiction) : un moment chorégraphique quand Arthur Nauziciel se fait danseur de claquettes, un moment cinématographique quand sur grand écran la caméra court comme hallucinée sur le plan cadastre du ghetto de Varsovie avec en fond la voix de Marthe Keller qui raconte l’horreur, un moment de fiction dramatique quand l’acteur Laurent Poitrenaux, seul dans un décor immense figurant les lustres feutrés de l’Opéra de Varsovie, devient  ce Karski qui s’épanche malheureux, lucide et calme.

Marie-Emmanuelle Galfré

En savoir plus

En savoir plus jusqu’au dimanche 19 février 2012, du mercredi au samedi à 20h45, le dimanche à 17h, Les Gémeaux, Scène Nationale, 49, avenue Georges Clemenceau, Sceaux, tarifs : 26€, 21€, 17€, tél : 01.46.61.36.67, www.lesgemeaux.com

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