Danse - Musique - Théâtre

Musique

Demos, le classique pour tous

CD92/OR,

Lancé en 2012 dans les Hauts-de-Seine, le dispositif Démos permet à une centaine d’enfants âgés de sept à douze ans de découvrir, en groupe, un instrument pendant trois ans.

Plus qu’un simple apprentissage musical, Démos est aussi un lieu de vie où les élèves apprennent à composer avec l’autre.

« La, mi, fa, la, sol, do. » Tous en chœur, les quinze élèves de l’orchestre de cordes répètent les notes qu'ils devront ensuite jouer avec leurs instruments. Tous les mercredis et les jeudis, au centre social du Nouveau Monde de Villeneuve-la-Garenne, pendant une heure et demie, Karim, Naël, Aboukary et les autres sortent leurs violons, altos et violoncelles de leurs étuis et saisissent leurs archers afin de répéter… La Marche pour la cérémonie des Turcs de Lully ! Plus surprenant encore, avant le mois de décembre, ils n’avaient encore jamais touché d’instrument de leur vie. Grace à Démos, les voilà désormais à suivre les cours dispensés par deux musiciennes professionnelles, Cécile Spire et Aline Besnier. Comme tous les autres profs, elles appliquent le principe de la méthode collective auprès de leurs élèves. « C’est une méthode qui passe beaucoup par la mémorisation et l’imitation : on joue la note sans la lire », explique Cécile Spire, altiste de formation. À peine six mois que les jeunes ont commencé à suivre les cours mais déjà, Nazhia Merini, leur référent sur le terrain, constate les premiers effets. « Certains élèves étaient un peu difficiles mais ils ont tous énormément changé. Ils sont assidus aux cours et surtout, ils sont fiers de jouer ! » C’est le cas d’Angel, neuf ans, qui a choisi le violon. « J’aime bien cet instrument même s’il est difficile. Il faut se concentrer pour donner les bonnes notes et bien placer ses mains. » 
Au même moment, à l’autre bout du département, à Châtenay-Malabry, treize autres enfants répètent le même morceau. Cette fois-ci, c’est au son des trompettes, trombones et autres tubas que Lully reprend vie. Aux commandes de ce cours, Tom Caudelle et Caroline Pivert, respectivement professeurs de tuba et de trompette. Les jeunes ont commencé à apprendre le morceau en janvier, après des exercices de chant et de danse. « C’est un morceau qui a été réécrit pour eux, pour qu’ils puissent tous jouer, explique Tom Caudelle. Sur sa chaise, Keanan, onze ans, répète inlassablement ses notes à la trompette. « J’ai choisi cet instrument parce qu’il a un son grave et que je peux dépenser mon souffle avec. J’avais déjà joué un peu de piano et de flûte avant et écouté un peu de musique classique. J’aimerais bien faire un peu de solfège. »

Un dispositif social
Si Châtenay-Malabry propose des cours depuis quatre ans, Villeneuve-la-Garenne est la dernière des huit communes du Département à être entrée dans Démos (un acronyme pour Dispositif d’Éducation Musicale et Orchestrale à vocation Sociale). Le dispositif existe depuis 2010 mais a été lancé en 2012 dans les Hauts-de-Seine. Il concerne aujourd’hui une centaine d’enfants âgés de sept à quatorze ans éloignés du monde de la musique classique, habitant dans des zones urbaines concernées par la politique de la ville. « Démos n’est jamais créé de la même manière et c’est cela qui est intéressant, insiste Gilles Delebarre, directeur adjoint du département éducation à la Philharmonie et délégué au projet Démos. L’objectif est qu’il y ait systématiquement une coopération entre différents partenaires culturels et sociaux au montage du projet. » À Villeneuve-la Garenne, les enfants ont intégré Démos via des associations et différentes structures municipales comme les centres sociaux. « Chacun de ces partenaires nous ont orienté vers des enfants, explique Camille Clerchon, directrice adjointe du service des espaces socio-culturels de Villeneuve-la-Garenne. Cela se passe idéalement bien : on sent que les enfants sont convaincus par la qualité du projet. Ils sont sérieux et concentrés. »
En plus de la pratique hebdomadaire - deux cours d’une heure et demie hors temps scolaire - les élèves font des stages pendant les vacances, rencontrent des musiciens professionnels, vont à des concerts et se regroupent tous les mois entre eux afin de jouer ensemble dans l’orchestre des Hauts-de-Seine. Ce sont eux qui ont la responsabilité de leur instrument, qui leur est confié pour toute la durée de l’expérience. Pour ce projet, soutenu à hauteur de cent mille euros par le conseil départemental via une convention triennale courant jusqu’en 2018, l’implication des parents est également primordiale. À Châtenay-Malabry, Rosolande suit les progrès de Keanan. « Il s’est beaucoup attaché à sa trompette et il apprend très vite. Je pense qu’il a l’oreille musicale. Pour moi, Démos, c’est une chance pour étudier des choses que je n’aurais pas pu leur donner. Je n’ai pas grandi dans un milieu musical donc c’est bien qu’ils aient la possibilité d’évoluer dans un autre contexte. J’essaie aussi de participer, de partager des choses avec eux, notamment lors des ateliers de chant. C’est bien pour eux de se sentir soutenus. »

Grand concert Ă  la Philharmonie
Clou de l’année d’apprentissage le grand concert Démos s'est déroulé cette année les 25 et 26 juin 2016 à la Philharmonie de Paris. L’orchestre des Hauts-de-Seine y a joué sous la direction du chef Julien Leroy. La première phase, qui s’est achevée l’année dernière dans les Hauts-de-Seine, a déjà suscité des vocations. « La moitié des enfants décident d’entrer en conservatoire à un niveau intermédiaire, explique Laurent Bayle, le directeur de la Philharmonie. Nous avons aussi gardé une relation avec quelques enfants puisque l’on a créé un orchestre avancé. Mais c’est avant tout l’intégration et l’épanouissement de l’enfant qui est recherché ».

MĂ©lanie Le Beller


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