Théâtre - Danse

Gallotta, vu par le trou de la lorgnette

Jean-Claude Gallotta (CP : Vera Iso),

Figure majeure des paysages chorégraphiques français et international, directeur du Centre chorégraphique national de Grenoble, Jean-Claude Gallotta a la tête dans les nuages, mais les pieds bien sur terre, toujours prêts à danser.

Il y a en Jean-Claude Gallotta quelque chose de lunaire. Une figure de Pierrot enchanteur, enchanté. On pourrait l'imaginer tantôt volant au-dessus des nuages, tantôt sifflotant par en dessous, pour les chatouiller. À l'œuvre depuis la fin des années 70, le chorégraphe, à la longue silhouette comme toujours étonnée, a su affirmer sur les scènes de la danse contemporaine française et internationale son empreinte singulière. On lui doit des pièces merveilles, telles que Ulysse, Les Aventures d'Ivan Vaffan, Les Louves et Pandora, Grandeur nature, Daphnis e Cloe, Hommage à Yves P., Mammame, Presque Don Quichotte, L'Incessante, ou encore Des gens qui dansent, La Solitude du danseur, Le Maître d'amour... Plus récemment, il signe L'Homme à tête de chou, sur une musique originelle de Serge Gainsbourg et la voix de feu Alain Bashung qui, initialement, devait être présent sur scène.

Un parcours de haute voltige pour ce fils d'immigrés italiens, que rien ne prédestinait à la danse. "Mes parents avaient fui le fascisme, l'Italie de Mussolini. Je suis né à Grenoble et j'ai grandi dans le quartier immigré italien." Au ballon rond qu'affectionnent ses copains, lui préfère les bouquins et le cinéma. Fallait oser. "J'ai toujours détesté les interdits. Je préférais créer des passerelles entre les choses, plutôt que de les opposer. Tout ceci a orienté ma vocation." Trajet non figé, Gallotta fait fi des convenances. Formé aux Beaux-Arts, il devient chorégraphe. Au milieu des années 70, il expérimente déjà à Grenoble des spectacles « éclatés », où fusionnent comédiens, musiciens, danseurs et plasticiens. Les conventions se plient. Car le public applaudit. Un séjour à New York, en 1978, lui permet de découvrir le travail de Merce Cunningham. "Sa liberté de construire l'espace, le temps et les mouvements de sa danse m'a fasciné."

De retour en France, Jean-Claude Gallotta fonde, avec sa compagne, la danseuse Mathilde Altaraz, le groupe Émile Dubois, lequel devient, en 1984, Centre chorégraphique national. Le chorégraphe dirigera également pendant trois ans, de 1986 à 1989, la maison de la culture de Grenoble, rebaptisée "Le Cargo". Il connaît parfaitement le lieu pour l'avoir fréquenté assidûment étant enfant, puis adolescent. "Sans toutes les actions menées, les matinées scolaires qui y étaient organisées, je n'aurais jamais eu accès à la culture. Aujourd'hui encore, je me bats, à travers mon rôle de directeur du Centre chorégraphique national de Grenoble, pour initier les publics enfants et adultes à l'art. C'est essentiel. » Ces années-là, Gallotta mène aussi une dizaine de collaborations audiovisuelles avec des réalisateurs tels que Claude Mouriéras et Raoul Ruiz. Il signe son premier long métrage, Rei DomLa Légende des Kreuls. Suivront Docteur Labus et Les Mystères de Subal.

Ecce homo, spontanément tendre, Gallotta danse comme il est, aimanté par les arts pluriels. En prenant le contre-pied des idées reçues, allant, à grandes enjambées, s'élancer dans le monde, au risque de se trouver devant soi, tel un prochain : l'être humain, mis en pièces, dans sa nudité sans fard ni laque. Là même où se mélangent le désir, la cruauté. Où se côtoient la beauté des monstres, la laideur des héros. Le tragique peut être comique. Vice versa. Dans l'ambivalence, tout est là. La vie respire.
Gallotta s'en inspire. Ses pièces naissent de là. "Je n'aime ni l'optimisme béat, ni le pessimisme glauque. Par-delà l'inquiétude, je m'accroche au positif, pour inventer, idéaliser, créer. Tout mon travail témoigne de cette envie d'aller de l'avant, de se battre." Avec une certitude, ficelée au ventre. "Faut qu'je danse !", s'exclame Gallotta. Et de donner ces mots comme titre à sa nouvelle création, liée à une reprise de la pièce Daphnis e Cloe.

Cécile Moreno

En savoir plus

Rendez-vous sur le site officiel de Jean-Claude Gallotta, Centre chorégraphique national de Grenoble (CCNG).

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