Théâtre - Danse

Une Hedda Gabler d’exception aux Gémeaux à Sceaux

© Arno Declair,

Le chef d'oeuvre d'Ibsen vu par Ostermeier est à l'affiche des Gémeaux. Lire la critique

Un sophistiqué dispositif de miroirs à l’oblique démultiplie le plateau jusqu’aux cintres dévoilant l’envers d’un décor immuable, glacé, lissé à souhait. Tout vole en éclat. C’est  sans appel. Hedda Gabler, monté par Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubühne berlinoise et grande personnalité de la mise en scène internationale, est de retour au titre d’une reprise exceptionnelle sur la scène des Gémeaux à Sceaux. L’héroïne éponyme de la tragédie moderne, élevée au rang de classique, signée par ce « poète de la scène », le norvégien, Henrik Ibsen, n’échappera pas à elle-même. Pas plus que les autres protagonistes. Pas plus que le spectateur auquel la pièce, cristallisant tout un faisceau de réflexions d’ordre éthiques et métaphysiques, politiques et sociales, tend le miroir avec une cruelle intransigeance empêchant toutes dérobades.
Inéluctablement, Hedda Gabler, qui cache un squelette dans le placard de son existence, accomplira ce destin qui aurait pu n’être pas le sien si elle avait su faire face à cette part d’elle-même destinée à s’épanouir hors des convenances sociales. Jeune épousée déjà désenchantée, ayant manqué à l’amour vrai, elle reste prise dans toutes les contingences vulgaires que le mensonge sur son propre compte entretient en lui claquant la vérité au visage. « Mon dieu, tout ça me tue »  réalise-t-elle son cœur mis à nu. Coupable… Ou non coupable ? Crucifiante question portée par chacun de ces portraits en acte que sont les cinq autres personnages, dans toutes leurs nuances, admirablement incarnés.
Dans cet univers dramatique où la suggestion joue un rôle de tout premier plan, où la pensée informulée doit trouver à s’exprimer, où les vrais échanges sont intérieurs, il faut saluer la performance des acteurs sur le plateau. Et notamment celle de Lars Eidinger dans le rôle du mari. La réussite exceptionnelle de cette mise en scène tient également à la précision d’horloger avec laquelle Thomas Ostermeier traite l’enchaînement inexorable des péripéties en soutenant la tension inhérente au lent processus de dévoilement jusqu’au coup de feu final.

Marie-Emmanuelle Galfré 

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