Danse - Musique - Théâtre

Au coeur de la Maîtrise des Hauts-de-Seine

CG92/OR,

Créée à l’initiative du conseil général, la Maîtrise des Hauts-de-Seine accueille des jeunes choristes de cinq à vingt-cinq ans. Mais derrière l’ensemble musical, c’est aussi une école de vie.

Les premières notes du Stabat Mater s’élèvent dans les locaux du collège Henri-Sellier, à Suresnes et Victor chante. Depuis trois ans, cette élève de quatrième fait partie de la Maîtrise des Hauts-de-Seine comme près de cinq cents autres jeunes du département de cinq à vingt-cinq ans. C’est allant voir des amis de sa sœur y chanter que Victor a décidé de tenter sa chance. « Je n’avais jamais chanté avant donc j’étais un peu dans l’inconnu. J’ai du passer une audition, faire des vocalises d’abord seul devant un jury, puis chanter en groupe. » Quelques jours d’attente avant, enfin, une réponse positive. Trois ans plus tard, il est toujours là. Un comble pour ce fan de R’n’B, qui deux fois par semaine répète sur un répertoire qui va de Pergolèse donc, à Offenbach ou Gluck… Entre les cours, les répétitions et ses entraînements de badminton, son autre passion, l’emploi du temps de Victor ressemble plus à celui d’un ministre qu’à celui d’un collégien. « Au début, je me suis demandé si j’arriverais à gérer tout ça mais finalement, je m’en sors pas mal », dit-il. L’investissement demandé aux enfants et adolescents est en effet important. « Les jeunes viennent d’un peu partout dans le département et il faut aussi prendre en compte les temps de transport », explique Gaël Darchen, le directeur de la Maîtrise depuis 1999. Pour remédier à ces problèmes, deux ateliers hebdomadaires « décentralisés » ont été créés à Fontenay-aux-Roses et à La Garenne-Colombes. Dans la salle Mozart, l’une des trois salles de répétitions de la Maîtrise, le chœur de Victor se met en place silencieusement. Ils sont aujourd’hui accompagnés par une pianiste et un professeur de chant. Les enfants forment trois rangs sur les grandes marches de la pièce, dans les conditions réelles de concert. Dans un coin, l’orgue et les autres instruments de musique reposent sagement dans leurs étuis. Au programme de la répétition, l’œuvre de Pergolèse, compositeur italien du XVIIIe siècle. Derrière le pupitre, Gaël Darchen donne le « la ». Après un échauffement de voix, il sépare les sopranos des altos et fait travailler chaque groupe à part. Victor fait partie du groupe des sopranos. Le célèbre Stabat Mater est donc le premier des quatre morceaux du jour. Mais avant, le directeur invite chacun à un exercice un peu particulier : l’analyse des paroles. « Avez-vous bien tous conscience de ce que l’on chante ? », lance-t-il. Très vite, les questions fusent, chaque « maîtrisien » donne sa propre interprétation.

Ouverture et éclectisme
La Maîtrise des Hauts-de-Seine a été créée il y a trente ans à l’initiative du conseil général qui lui alloue chaque année une subvention de plus d’un million d’euros. Le Département met également à disposition les locaux du collège Henri-Sellier. Son directeur insiste sur la mixité sociale qui y règne, sans élitisme, mais toujours en quête l’excellence. « Il y d’abord un projet éducatif autour de la Maîtrise. Nous avons le souci de l’exigence, de la rigueur, et évidemment du plaisir. Nous sommes là pour les accompagner pendant un moment. Nos chanteurs viennent de 163 établissements scolaires différents. Cette mixité est très enrichissante pour eux. Et nous prenons aussi des élèves en difficulté scolaire ». Pas question pour autant de se substituer ni à l’école, ni aux parents. « Nous faisons attention à ne pas perturber l’équilibre familial. Les parents ont toujours le choix si leur enfant doit participer à un spectacle. Ce sont eux qui donnent la décision finale ». En début d’année, une charte est signée conjointement entre la Maîtrise, les parents et l’enfant. Et cette discipline n’empêche pas les places sont chères à la maîtrise, au sens figuré s’entend, la formation entièrement gratuite. En moyenne 500 à 600 enfants se présentent chaque année et seuls 30 % des garçons et 10 % des filles sont acceptés. Une prise de rendez-vous et une audition suffisent à faire partie d’un des chœurs, sans aucune formation préalable. Mais au fait, quelles sont les qualités d’un bon chanteur de Maîtrise ? « Il faut avoir une belle voix, de la vivacité d’esprit et une bonne oreille. Les enfants chantent avec des professionnels de l’art lyrique, qui ont besoin de jeunes qui mémorisent vite », répond Gaël Darchen.

Le Choeur de l'Opéra national de Paris
Depuis 1995, la Maîtrise des Hauts-de-Seine est  aussi devenue le Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris. Les enfants sont ainsi sollicités pour monter sur scène lors des quelque deux cents spectacles donnés à l’Opéra Bastille ou au Palais Garnier chaque saison. Pianiste et trompettiste de formation, Gaël Darchen, 44 ans, a vu son institution se transformer, évoluer. D’un chœur 100 % masculin de 80 personnes en 1985, l’ensemble est devenu mixte en 1997. Il s’est peu à peu éloigné de sa vocation religieuse de ses débuts (la Maîtrise est en effet à l’origine un chœur lié à aux liturgies de l’Église catholique) et compte aujourd’hui dix chœurs de tous âges dont le répertoire est avant tout lyrique. La Maîtrise a aussi enchaîné des collaborations plus inattendues. Ainsi, Roger Waters, le légendaire bassiste de Pink Floyd, a travaillé avec elle sur un de ses albums solo. Plus récemment, certains chanteurs ont tourné dans le film La Famille Bélier, qui a enregistré plus de cinq millions d’entrées en salles. Dans un autre genre, les jeunes chanteurs ont collaboré à la musique d’un jeu vidéo… Les membres de la Maîtrise sont aussi en quelque sorte des « ambassadeurs » du chant choral dans leur département. Les chœurs multiplient les manifestations dans les Hauts-de-Seine, auprès de différents publics : les Opéra Bout’chou dans les crèches, des spectacles pour jeune public, des concerts dans les hôpitaux ou les maisons de retraite. Au total, près d’une trentaine de spectacles, auxquels s’ajoutent un ou deux concerts par mois dans les communes. « Ça leur fait un bien fou, constate Gaël Darchen. Les jeunes maîtrisiens deviennent matures plus rapidement que les autres. »

À l’étranger
La Maîtrise participe aussi à des tournées à l’étranger deux fois par an. Cet été, ils s’envoleront pour l’Italie… Victor, lui, revient tout juste de Birmanie. La liste de ses voyages en ferait pâlir plus d’un : Angleterre, Costa Rica… « C’est toujours très intéressant de chanter à l’étranger, raconte-t-il. Au début, c’est assez stressant mais on s’habitue vite. Parfois, je dois louper quelques jours d’école mais je rattrape les cours après... » Dans moins de deux ans, l’avenir de la Maîtrise s’inscrira au cœur de la Vallée de la Culture, au sein de la Cité départementale sur l’Île Seguin à Boulogne. « C’est une étape importante. Notre activité demande de l’espace et nous aurons des locaux encore mieux adaptés à notre activité, afin de proposer des choses encore plus abouties », explique Gaël Darchen. Cette Cité musicale départementale, Victor aura sûrement l’occasion d’y chanter… mais dans un autre registre. « Je vais devoir bientôt arrêter car ma voix va muer, explique-t-il ? Mais ce ne sera que pour un ou deux ans et après, je reviendrai. » C’est en effet une autre l’une des spécificités de la Maîtrise des Hauts-de-Seine : en 2004, un chœur de chambre a été créé pour les garçons après la mue. Une fois que l’on a goûté à cet univers, difficile de s’en passer… 
Mélanie Le Beller

En savoir plus

Carré Belle-Feuille - 60, rue de la Belle-Feuille à Boulogne-Billancourt - Réservation : Tél. : 01 55 18 54 00 - Plein tarif : 27 euros. Une seconde représentation aura lieu dimanche 5 octobre à 16h30 au centre culturel Le Figuier blanc à Argenteuil (Val d’Oise) - Retrouvez toute la programmation d'Insula Orchestra sur www.insulaorchestra.com

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