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Portrait

Laurence Équilbey et Insula Orchestra : nouvelle saison

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Fondatrice et chef d’orchestre de l’ensemble Insula Orchestra, elle combine carrière internationale et actions pédagogiques locales auprès des jeunes.

Une saison s’achève, une autre commence. Depuis plus de vingt ans, c’est le même rituel pour Laurence Équilbey. À peine le temps de faire tourner une page qu’elle pense déjà à l’avenir : le premier album d’Insula Orchestra en septembre, un enregistrement du Requiem de Mozart, mais aussi le premier concert international de l’ensemble, à Salzbourg. Un lieu choisi comme un symbole pour la chef d’orchestre de 52 ans, mais pas seulement pour Mozart : elle a passé son enfance entre Bavière et Lorraine.

La musique s’est imposée à elle dès le lycée. « Jouer était une échappatoire face à l’austérité de ma pension », se souvient-elle. Des études de musicologie et de direction d’orchestre, une quinzaine d’années passées entre Paris, Vienne et Londres, Laurence Équilbey est une hyperactive. Dès son retour en France, en 1991, elle créé Accentus, un chœur de chambre de trente-deux chanteurs. « En créant votre ensemble, vous avez la main artistiquement. On ne peut pas rêver meilleure adéquation entre son projet et sa mise en œuvre », explique-t-elle. Depuis, l’ensemble a obtenu trois Victoires de la musique classique, une nomination aux Grammy Awards et s’est vu décerner un disque d’or. Parallèlement, elle est régulièrement invitée à l’Orchestre de Rouen et à l’Orchestre de chambre de Francfort. Elle a aussi imaginé Tenso, un réseau européen d’orchestres de chambre, qui regroupe une quinzaine de membres. Enfin, elle est à l’origine du Département supérieur de jeunes chanteurs du Conservatoire régional de Paris, qui permet de compléter la formation de jeunes artistes avec des cours de théâtre ou de danse.
Ce travail auprès des jeunes, elle le poursuit avec Insula orchestra, qu’elle a créé en 2012 avec le soutien du conseil général. Depuis deux saisons, elle mène ainsi des actions dans toutes les villes du département afin d’élargir le public de la musique classique. Ce sont des concerts et des chorales, mais aussi des initiatives ponctuelles comme Take the Baton qui propose aux jeunes de se mettre dans la peau d’un chef d’orchestre ou des flashmobs : « nous travaillons les formats de concerts, qui sont souvent trop longs pour eux. » Insula Orchestra, c’est surtout un ensemble de musiciens qui jouent, sur des instruments d’époque, la musique du XVIIIe et du début du XIXe siècle. « On quitte l’époque baroque pour un style beaucoup plus codifié. Pendant ces cent ans de musique prodigieuse, il y a eu un contexte politique très chargé en Europe, ce qui donne une turbulence fantastique. »
Éclectique, Laurence Équilbey l’est, à travers toutes ses collaborations. Passionnée d’art contemporain, amatrice de musiques électroniques, elle projette de collaborer avec des artistes plasticiens pour ses prochaines œuvres. Elle a également travaillé avec des interprètes plus « grand public » comme Émilie Simon ou Moriarty. « J’aime de temps en temps avoir des fenêtres inventives. C’est un désir de rencontres avec d’autres styles. Je peux m’intéresser à un hautbois d’époque comme au son d’un ordinateur. » Des voyages dans le temps dans lesquels elle s’efforce d’emmener le public. « Je n’aime pas l’idée de laisser le spectateur sur le bord de la route. J’ai notamment développé le sous-titrage lors des concerts et je soigne beaucoup les notes de programme. Je veux absolument que les gens comprennent les enjeux des œuvres. » Il lui faut en moyenne une année pour préparer un morceau. « Je travaille beaucoup dans le dialogue et le respect avec les musiciens. Je leur demande beaucoup en échange : de la concentration, de l’investissement, du dépassement de soi, de la motivation. C’est une relation proche qui ne doit pas devenir trop familière. »
Laurence Équilbey s’engage aussi pour la promotion des femmes dans le milieu de la culture. Avec par exemple 3 % de femmes chefs d’orchestre en France, la musique classique reste encore un monde essentiellement masculin. « Les chiffres sur les postes à responsabilités dans la musique sont très mauvais. Ce n’est même pas admissible dans un milieu supposé être ouvert. Surtout à une époque où les classes de Conservatoire sont beaucoup plus mixtes qu’avant. »
Demain, l’avenir d’Insula Orchestra s’inscrira sur l’île Seguin et sa future Cité musicale départementale, où l’ensemble s’installera en 2016. « C’est un projet qui nous permettra d’expérimenter de nouveaux formats, de faire des essais. C’est assez ambitieux artistiquement. » D’une insula à l’autre, Laurence Équilbey s’ouvre de nouveaux horizons.

MĂ©lanie Le Beller

En savoir plus

Le 8 octobre au Carré Belle-Feuille à Boulogne, avec le spectacle Bataille et Victoire. www.insulaorchestra.fr

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