Danse - Musique - Théâtre

Reportage

Qu’est-ce que c’est que ce cirque ?

© DR,

Installé au cœur des Blagis à Bagneux depuis vingt ans, Le Plus Petit Cirque du Monde est plus qu’une école. C’est un « cirque social ».

La nuit tombe sur le quartier des Blagis. Devant l’entrée du gymnase Marcel-Cachin au sud de Bagneux, des adolescentes partagent un kebab. Madison et Pascaline ont quatorze ans et participent pour la troisième année aux « Mardis Quartier », les ateliers en accès libre et gratuits du Plus Petit Cirque du monde. « Un jour une dame est venue nous voir avec des prospectus. Comme on s’ennuyait dans la cité, on est venu. » 19h30, le cours commence par un échauffement : quelques minutes de footing et quelques exercices. « J’aime pas ce truc-là, peste Elyasse. Ça fait trop mal aux genoux. Je déteste. » Moins à cheval sur les horaires que les filles, les garçons arrivent aux compte-gouttes. Levy, l’animateur, rappelle les règles de base : la ponctualité et la politesse. Ils sont une petite dizaine ce soir-là. Rapidement, les jeunes se scindent en deux groupes. Ce sera diabolo pour les garçons. Et hip-hop pour les filles, encadrées par Éloïse. « Il a fallu presque trois ans pour fidéliser ces quelques élèves, raconte Levy. Ça a été un peu long. Mais lorsque l’on voit qu’ils reviennent chaque semaine, on comprend alors que ce que l’on fait a un sens. »

Cirque solidaire

Créée en 1992, l’association Le Plus Petit Cirque du Monde (PPCM) a ouvert son premier cours l’année suivante, dispensé tous les dimanches matins, au gymnase Marcel-Cachin, prêté par la ville. « Dès le départ, la vocation de l’association était d’être ancrée dans ce territoire et de développer ses actions de manière durable en associant les habitants du quartier », explique Adrien Godard chargé de médiation sociale et culturelle. Aujourd’hui, des cours sont dispensés tous les jours aux enfants dès l’âge de trois ans et aux adultes. Jonglerie, trapèze, acrobatie, monocycle, mât chinois côtoient les « cultures émergentes » comme le hip-hop ou le parkour – discipline qui consiste à se déplacer, généralement en milieu urbain, de la manière la plus fluide et efficace comme dans le film Yamakasi -. L’an dernier, plus de quatre mille personnes ont participé aux activités du PPCM. « En dehors des cours réguliers, nous intervenons dans les écoles, les centres de loisirs, les prisons, les maison de retraite, les instituts médicalisés…, détaille Adrien Godard. Nous avons développé la notion de cirque social ou solidaire. » « Un tiers de nos élèves viennent des zones urbaines sensibles de Bagneux et des villes environnantes. Et 80 % de notre travail se fait dans les Hauts-de-Seine, précise le directeur Elefterios Kechagioglou. Le cirque est un art universel. Il n’est pas fondé sur des préalables académiques, sociaux ou culturels, comparé à d’autres pratiques artistiques comme le théâtre. Et contrairement au sport, l’esprit de compétition est remplacé par les principes de collaboration, d’aide mutuelle et de solidarité. »

Au gymnase, quelques garçons se sont pourtant lancés dans une battle. « Soleil », « ascenseur », « sac à main », chacun annonce la figure qu’il va réaliser défiant les autres d’en faire autant. Elyasse et Antoine ont tous les deux découvert le cirque et l’association à l’école. Le premier âgé de 11 ans vient là tous les mardis soirs depuis deux ans. « Je viens pour faire du diabolo. Les autres trucs, je suis nul », avoue-t-il. Antoine, en revanche, âgé de 13 ans, a commencé il y a une semaine seulement. « Je ne savais pas trop quoi faire le soir. Au collège, avec Levy l’animateur, on avait fait de la voltige. Mais j’ai choisi le cirque pour découvrir plein d’activités. »

Cultures Ă©mergentes


De l’autre côté de la salle, derrière un paravent, un groupe d’adultes, encadré par Moony un autre animateur, s’essaie au monocycle, avec plus ou moins de succès. Adhérent à la Fédération française des écoles de cirque, le PPCM a reçu dès 1997 l’agrément fédéral niveau 1 (atelier de découverte) et de niveau 2 (école d’initiation). Il figure parmi les dix premières écoles en France et vingt-cinq premières en Europe. Artistes, formateurs, salariés administratifs, bénévoles, plus de trente personnes participent à son développement. Car au-delà des deux principales missions de pratiques amateurs et de cirque social, l’association s’investit également dans le domaine de la formation. Elle a notamment participé à la mise en place d’un BPJEPS Arts du Cirque, premier diplôme national de ce type. Le PPCM est enfin engagé dans des projets internationaux. « Nous sommes à l’initiative du réseau européen Caravan que nous présidons. Ce dernier regroupe neuf écoles de cirque à finalité pédagogique et sociale, explique Elefterios Kechagioglou. Nous travaillons notamment sur un référentiel européen d’animateur de cirque social qui devrait déboucher sur une formation et un diplôme. »

Mais le projet le plus important reste la construction du Centre des Arts du Cirque et des Cultures Émergentes. « Ce sera un  magnifique chapiteau en dur, le "Cirque d’hiver du XXIe siècle" imagine le directeur. Un lieu unique. Cet équipement de 1 700 m2 avec une salle de spectacle, une pour les artistes en résidence et une dernière pour les cours, sera construit aux Blagis bien sûr. L’objectif étant d’attirer un autre public dans ce quartier. » Coût du projet : 3,5 millions d’euros. Les travaux pourraient commencer dans un an et devraient durer deux années. Pendant ce temps et pour la première fois, Le Plus Petit Cirque du Monde devra quitter le gymnase Marcel-Cachin. L’association souhaite acquérir un chapiteau où elle s’installera le temps du chantier. Une fois le nouveau centre ouvert, le chapiteau sera démonté puis remonté, au gré des activités, de quartier en quartier.

Emilie Vast

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