Danse - Musique - Théâtre

A.I.L.E.Y

AADT Alvin Ailey's Revelations. Photo by Pierre Wachholder_2015, AILEY_ETES_DANSE_2015 Paris Theatre du Chatelet

Naissance d’une légende
Pour comprendre l’histoire, la puissance évocatrice et l’importance de l’Alvin Ailey American Dance Theater (AAADT) dans la culture américaine, il faut remonter à l’origine. Rogers, petite ville du Texas de 1 200 âmes aujourd’hui - combien en 1931 lorsque naît Alvin Ailey, dans une famille de peu pour ne pas dire de rien ? Sa mère a 17 ans, le père les abandonne aussitôt dans la grande dépression américaine. Plus tard, Alvin Ailey prit l’habitude de se présenter ainsi : « Je suis un chorégraphe, je suis un homme noir dont les racines plongent dans la chaleur et la poussière du Sud». C’est l’époque de la ségrégation raciale, des lynchages, de Strange Fruit, la terrible chanson de Billie Holiday. En 1942, Alvin et sa mère quittent le Texas pour Los Angeles, où l’effort de guerre américain propose plus de travail que le comté rural qui semble n’avoir pas bougé depuis la Guerre de Sécession. Entre Los Angeles et plus tard San Francisco, Alvin chante, découvre le théâtre, l’écriture, la danse : un hyperactif timide et fragile qui vit ses multiples différences. Invité à danser à Broadway dans une comédie musicale d’après Truman Capote, il fonde à New York sa propre compagnie en 1958.

La mémoire de mon sang
Alvin Ailey a 27 ans, il chorégraphie et danse son premier chef d’œuvre : Blues Suite. La fièvre du samedi soir, des personnages qui boivent, dansent et flirtent jusqu’à l’aube, jusqu’au vacarme du premier train et les cloches de l’église voisine. Pour la première fois, on voyait sur scène de vraies personnes remontées des souvenirs et des fréquentations d’Ailey. Blues Suite avec ses « cantiques profanes venus du fond de l’âme » sera le pendant de Revelations, créé en 1960, le ballet culte de la compagnie et la signature de l’art d’Alvin Ailey. Blues, spirituals, gospels : les racines d’Ailey, le voyage alors en cours de l’esclavage à la liberté, « la mémoire de mon sang ». De telles ambitions auraient pu conduire à une danse des ténèbres, c’est au contraire une prière nouvelle à chaque représentation, la joie plus forte que le désespoir dans des tableaux d’une beauté émouvante, mains ouvertes levées vers le ciel, corps baptisés ondoyant dans la rivière, joie explosive du dimanche à l’église. Blues Suite et Revelations sont bien entendu au programme des Étés de la Danse, ainsi que de nombreux autres moments clés de la carrière de la compagnie. Des pièces historiques d’Ailey lui-même, comme le solo Cry, première apparition en 1971 de la danseuse Judith Jamison, dédié « à toutes les femmes noires et plus spécialement à nos mères » ; ou Night Creatures, ballet champagne et cristal de 1974 sur des musiques de Duke Ellington. Et de plus récentes : r-Evolution, Dream (2016), de Hope Boykin, autour des discours de Martin Luther King ; celles chorégraphiées par Robert Battle, le nouveau directeur artistique de la compagnie : Ella célébrant cette année le centenaire d’Ella Fitzgerald, In/Side sur une chanson de Nina Simone, The Hunt rythmé par Les Tambours du Bronx.

Ambassade culturelle
Le style Alvin Ailey n’en est pas un au sens strict : il y avait chez lui l’héritage du ballet classique ainsi qu’une volonté d’expression plus directe. Si l’on veut, quelque part en Amérique entre le ballet de l’Opéra et Maurice Béjart… Sa force comme directeur de compagnie était celle d’un leader de formation jazz : savoir intégrer l’individualité de chaque danseur dans un groupe pour lui permettre de se renouveler sans cesse. Alvin Ailey a créé 79 ballets avant sa mort, en 1989. En 2008, le Congrès des États-Unis nomme la compagnie « ambassadrice essentielle de la culture américaine ». Les chiffres, surtout les plus vertigineux, font toujours partie du show : en bientôt soixante ans d’existence, l’Alvin Ailey American Dance Theater est devenue une compagnie multiraciale qui a donné 235 ballets, signés de 90 chorégraphes, sur scène dans 71 pays devant 25 millions de spectateurs – on ne compte pas la télé et YouTube… Les Étés de la Danse 2017 à la Seine Musicale nous proposent d’intégrer la nouvelle génération.


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