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Entretien

Geneviève Haroche-Bouzinach «Une artiste à la destinée hors du commun»

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Professeur à l’Université d’Orléans, Geneviève Haroche-Bouzinac a reçu le prix Chateaubriand 2011 pour son ouvrage Louise Elisabeth Vigée Le Brun, histoire d’un regard. Entretien

On connaît surtout Louise Elisabeth Vigée Le Brun comme la portraitiste favorite de Marie-Antoinette. Quelles sont les autres facettes de ce personnage ?
C’est une artiste à la destinée hors du commun, qui a su vivre de son art dans une période mouvementée qui enjambe deux siècles. Elle naît sous le règne de Louis XV, meurt sous la Monarchie de Juillet, connaît un nombre considérable de régimes politiques et trois révolutions. Et tout au long de sa vie, elle suit l’évolution du goût. Divulgatrice du goût grec au début de sa carrière, elle s’intéresse à la fin de sa vie au goût gothique et ouvre son salon à la génération romantique. Elle reçoit Chateaubriand, Balzac et elle assiste à des lectures où Alfred de Vigny déclame ses vers.

Qu’est-ce qui vous fascine chez elle ?
C’est un grand peintre qui maîtrise exceptionnellement bien la technique de la peinture sur panneaux de bois pour son temps. De plus, sa vie a une dimension internationale. Elle a voyagé dans toute l’Europe : en Italie, en Autriche, en Russie, en Angleterre… Derrière cette image rayonnante de femme gracieuse, gracile même, transparaît une volonté de fer. Sa ténacité lui permet d’afficher la réussite d’une vie d’artiste au féminin. Elle a dû vaincre de nombreux obstacles. Son admission à l’Académie royale de peinture a nécessité l’intervention de la famille royale afin de vaincre l’opposition du directeur. À l’époque l’institution réservait seulement quatre places aux femmes.

Comment traverse-t-elle la période révolutionnaire?
Louise Elisabeth Vigée Le Brun quitte la France le 6 octobre 1789, le jour où la famille royale est conduite manu militari au palais des Tuileries. En Europe, les exilés français ne sont pas toujours bien accueillis, parfois soupçonnés d’espionnage et d’alliance avec la Révolution. La francophobie s’installe, même si à cette époque l’Europe parle français et si l’on admire la France

Quels moments de sa vie vous ont le plus intriguée ?
Sa vie entière est passionnante. Les périodes moins connues, comme les récits de sa jeunesse chez sa nourrice à Epernon ou au couvent ont retenu mon attention. La fin de sa vie est également une période touchante. De nombreuses lettres ont refait surface et j’ai découvert une vieille dame très entourée, très vivante, très curieuse qui s’éteint à l’âge de quatre-vingt sept ans, ce qui est exceptionnel pour l’époque.

Vous avez expliqué avoir eu accès à soixante lettres inédites. Comment avez-vous mené votre travail d’enquête ?
« Enquête », c’est exactement le terme qui convient. J’ai retrouvé des noms, pris l’annuaire et passé des coups de téléphone. Quelquefois des portes s’ouvraient, d’autres fois non. J’ai aussi fait des recherches aux Archives nationales, localisé des documents et les ai fait parler. Les archives Tripier Lefranc, déposées par sa nièce par alliance, se sont révélées extrêmement riches. Elles avaient été lues, mais peut-être pas avec suffisamment de minutie. La publication de ce livre fera peut-être émerger encore de nouveaux documents.  Je l’espère en tout cas.

Propos recueillis par Claire Angot

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