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Patrick Pécherot : le sirop de la rue

La Défense, le coin de rue n'est pas qu'une histoire de vieilles pierres - CG92/OR,

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L’âme des gens dort dans la pierre

On en rencontre généralement beaucoup, dans les livres de Pécherot, une sorte de pêche au vif dans l(e flot des vivants et des morts. Au hasard et dans le désordre des pages : la famille qui vous invite à la rupture du jeûne du ramadan, Nicolae le Rom, la mémé au guichet de la Sécu qui offre une crotte en chocolat… On en croise en vrai aussi, qui ont leur histoire qu’on ne connaît pas encore mais qu’on finira sans doute par lire sous sa plume un de ces prochains jours. Devant un mur portant les graffitis comme des résilles, l’écrivain évoque comme un frangin le tagueur qui s’allumait au thé fumé avant d’aller signer à la bombe un impossible « Bourvil’s not dead » !

Nous voilà maintenant sur le parvis de La Défense, comme quoi le coin de rue n’est pas seulement une histoire de vieilles pierres. Entre les sculptures monumentales, le long des fresques, dans l’ombre des tours, on la cherche. Qui ? La plus belle des silhouettes attrapées par Pécherot dans son Petit éloge des coins de rue – croyez-nous avant d’aller vérifier vous-même, on a fait le sondage : la fille en rollers avec son chien. Son image ne nous quitte pas, peut-être parce qu’on l’a déjà croisée, surtout parce que le talent de Pygmalion lui a donné vraie vie. La sœur de la Fauvette de Gérard Manset. On ne la verra pas cette fois, rendez-vous à la prochaine…


Elle patine sans bruit ni flaflas. À l’épure, mouvement déroulé dans l’économie des gestes, une main en poche, l’autre sur sa cigarette. Elle la tient au creux de la paume. Demi-tour glissé, aérien. Arrêt suspendu, elle n’a d’yeux que pour son chien. Elle l’attend, il est heureux. Ils se rassurent. Ils font une chouette paire et une belle balade sur l’espace dégagé des tours. On aimerait les peindre, sa silhouette en blouson, ses traits durs où ses yeux sont tendresse pour le cabot. On la devine taiseuse, salle de boxe et street painting. Petites galères et le reste. On voudrait lui passer le bonjour dans un regard. Elle s’en moque et c’est encore mieux. (Petit éloge des coins de rue, Ed. Gallimard)

En savoir plus

Patrick Pécherot, Petit éloge des coins de rue
Gallimard, folio 2 €
Patrick Pécherot sur Internet : www.pecherot.com

Petite bibliographie sélective (tous disponibles dans les collections Folio et Folio Policier)
– la trilogie dédiée au Paris populaire de l’entre-deux-guerres : Les Brouillards de la Butte, Belleville-Barcelone, Boulevard des Branques.
– Une enquête dans les tranchées de 14-18 : Tranchecaille
– Raymond Soudy, de la bande à Bonnot : L’homme à la carabine

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