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5 questions à Hugues Daussy, lauréat du prix Chateaubriand

Huges Daussy - CP/CG92,

Primé pour son ouvrage "Le parti huguenot, chronique d'une désillusion 1557 – 1572", Hugues Daussy a reçu son prix le 22 janvier 2015 à l'Institut de France.

Pourquoi avoir choisi de consacrer vos recherches au parti huguenot et spécifiquement à la période allant de 1557 à 1572 ?
J’avais consacré ma thèse à Philippe Duplessis-Mornay, l’un des chefs du parti huguenot dans la période chronologique ultérieure. J’ai eu envie de remonter dans le temps pour étudier les débuts de cette organisation politique et militaire. L’année 1557 correspond au début de la politisation de la Réforme française : c’est à partir de cette date que le mouvement réformé français, qui avait jusque-là uniquement une dimension religieuse, acquiert progressivement une dimension politique : alors que les réformés français pensaient convertir le royaume au protestantisme, ce processus de conquête a échoué. La désillusion devient définitive avec le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572 et l’assassinat des principaux chefs politiques de la Réforme française.

Quels éléments pouvaient donner l’espoir aux réformés de convertir le royaume au protestantisme ?
Ils sont aveuglés par une intense foi et intimement convaincus qu’ils défendent la « vraie religion ». Pour eux, la lumière de la vérité va briller avec une telle violence qu’elle va finir par entraîner la conversion du roi. Il y a donc une certaine utopie jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’il faudra des moyens humains pour aider le roi à percevoir cette lumière. On imagine aussi que Catherine de Médicis, la femme d’Henri II, roi en 1557 – avait des sympathies naturelles pour la Réforme. Pendant longtemps, elle a du taire ces sympathies mais après la mort de son mari, elle aurait pu à nouveau se laisser tenter par cette voie…

Cette quête s’articule autour d’un solide réseau…
Le processus est initié par Calvin depuis Genève, qui a formé des pasteurs pendant des années. Parmi eux, certains sont envoyés auprès de la noblesse française afin de la convertir. Cette campagne de conversion cible des personnages bien précis en raison de leur importance sociale. C’est le cas du prince Louis de Condé, deuxième prince du sang, qui va devenir l’un des chefs du parti huguenot.

Quels événements vont définitivement faire perdre leurs illusions aux protestants ?
Il y a une première phase relativement pacifique qui précède les guerres de religion. Des tentatives sont conduites par la monarchie pour trouver un terrain d’entente entre les catholiques et les protestants et mettre un terme au schisme : c’est un échec. On promulgue l’édit de Janvier dans lequel la liberté de culte et de conscience est accordée aux réformés français. Mais cette liberté est limitée. Puis, dans une seconde phase, on entre dans la première guerre de religion au terme de laquelle est signé, en 1563, un nouvel édit qui est moins favorable aux réformés que le précédent. Puis deux autres guerres civiles se déclenchent qui ne font qu’accentuer la conviction que la seule voie qui peut s’ouvrir est celle de la coexistence des deux religions. Enfin, la Saint-Barthélemy vient anéantir complètement ces espoirs : la relation de confiance avec Charles IX, qui a donné l’ordre de tuer les chefs huguenots, est rompue.

Après 1572, que va devenir le parti huguenot ?
Il ne meurt pas avec la Saint-Barthélemy : il renaît avec un perfectionnement constant de son organisation et de sa puissance. L’objectif n’est plus la victoire finale mais la résistance pour obtenir la coexistence et un statut légal.

Propos recueillis par Mélanie Le Beller

En savoir plus

Le parti huguenot, chronique d’une désillusion 1557 – 1572, aux éditions Droz. Remise du Prix à l'Institut de France 23, quai de Conti - Paris 6e  - Réservation obligatoire dans la limite des places disponibles au 01 55 52 13 00

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