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Patrick PĂ©cherot : le sirop de la rue

La cité-jardin à Suresnes - CG92/OR,

Sommaire

Quelque part au coin des rues

Quand Pécherot nous fait remarquer la fenêtre où l’on devine une lumière encore allumée, quand, du haut d’un escalier public, il nous montre l’échappée belle sur un paysage qu’on ne regarde jamais, les rues s’animent – elles auraient donc une âme ? Ce sont d’abord des façades, des murs troués sur les vies dedans qui vous sautent aux yeux dès qu’on les lève. De l’habitat comme on dit. Désormais – à Courbevoie, à Puteaux, puisque c’est là qu’on déambule, mais c’est vrai partout ailleurs – les immeubles insalubres où vivaient des ouvriers immigrés qui travaillaient dans l’industrie automobile, quand ils n’ont pas été rasés et les usines avec, ont été restaurés, ce qui a permis parfois de conserver le côté vieux village. « Les gens qui y vivent ne sont plus les mêmes, ils ont connu une évolution sociale. Mais il ne faudrait jamais oublier que ces banlieues ont été faites par des gens relégués. »

Un petit peu plus loin, il y a Suresnes, comme une conquête de l’ouest. Et sous le soleil, s’il vous plaît. Rénovée, la cité-jardin est un peu comme le presbytère de Gaston Leroux : elle n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. On y a réimplanté des jardins familiaux, héritiers directs des jardins ouvriers d’autrefois, et résurgence verte d’une idée de convivialité – le mot est tellement à la mode qu’il ne veut souvent plus rien dire mais parfois, au coin d’une rue justement, il retrouve toute sa force généreuse : « Il y a ces cours, où l’on croise son voisin, au-dessus, on se parle d’une fenêtre à  ’autre : c’est la prise en compte de l’individu au sein d’une construction de masse, un équilibre réussi entre l’humanisme, le politique et l’architectural. » 



Les cités-jardins sont sur leur trente-et-un. Elles ont la beauté des femmes d’usine qui tiennent tête au labeur. Vous êtes heureux d’être de cette lignée. Ordinaire, gens de peu. Une belle lignée. Et une belle cité que celle-là. Il faudrait l’enseigner quelque part. Henri Sellier, l’habitat social, les espaces verts, le populaire en centre-ville comme un cœur qui bat, l’église de briques rouges – le petit Jésus était fils d’ouvrier –, le théâtre en cadeau mérité et Jean Vilar qui rendait la culture comme une justice.
(Petit Ă©loge des coins de rue,
Ed. Gallimard)

En savoir plus

Patrick PĂ©cherot, Petit Ă©loge des coins de rue
Gallimard, folio 2 €
Patrick PĂ©cherot sur Internet : www.pecherot.com

Petite bibliographie sélective (tous disponibles dans les collections Folio et Folio Policier)
– la trilogie dédiée au Paris populaire de l’entre-deux-guerres : Les Brouillards de la Butte, Belleville-Barcelone, Boulevard des Branques.
– Une enquête dans les tranchées de 14-18 : Tranchecaille
– Raymond Soudy, de la bande à Bonnot : L’homme à la carabine

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