Livres/Multimédia

Roberto Calasso : «Suivre Baudelaire à la trace»

Roberto Calasso - DR,

L’écrivain italien Roberto Calasso a remporté le prix Chateaubriand 2012 grâce à sa réflexion sur la «vague Baudelaire» et ses conséquences sur l’art et la littérature.

 

Que représente pour vous ce Prix Chateaubriand ?
J’en suis très heureux. Chateaubriand et Baudelaire sont deux auteurs essentiels pour moi. Le simple fait d’avoir reçu ce prix à l’Institut de France, devant ce jury illustre, me réjouit beaucoup.

La Folie Baudelaire semble inclassable. Est-ce une biographie ou un essai ?
Ni l’un ni l’autre. Ce n’est pas une biographie car l’on passe d’un thème à l’autre sans préoccupation de faire quelque chose de complet. Ce n’était pas mon idée de suivre pas à pas la vie de Baudelaire. Ce n’est pas non plus une étude sur Baudelaire. C’est plutôt une séquence où l’on suit les traces du poète, un chemin qui mène jusqu’à nous-mêmes. C’est un livre où l’élément de narration est essentiel. Il laisse aussi la place à la réflexion, à l’analyse détaillée, ce qui lui donne l’aspect d’un essai.

Cet ouvrage vient-il clore votre réflexion sur la modernité et les mythes, entamée avec La ruine de Kasch ?
Lorsque j’ai écrit La ruine de Kasch, je pensais que c’était le premier d’une série de trois livres. Je me suis trompé. Ils sont devenus sept, et je suis entrain d’écrire le huitième. Alors je préfère ne pas prévoir, je ne sais pas où ça finira et je ne veux pas trop le savoir. La Folie Baudelaire est un prolongement direct de La Ruine de Kasch.

D’où vient votre intérêt pour les artistes français du 19e siècle ?
C’est une passion que j’ai depuis toujours. Baudelaire est le premier poète que j’ai lu dans une langue étrangère. C’est un écrivain avec lequel on établit tout de suite un rapport intime. À l’époque de Baudelaire, il n’y a personne de comparable en Italie. Ce qui me fascine, c’est une constellation qui commence avec l’opposition Delacroix / Ingres et qui continue tout au long du 19e siècle. L’influence de Baudelaire y est omniprésente.

En quoi Baudelaire se rapproche de Chateaubriand ?
Chateaubriand est l’écrivain qui est au commencement d’un changement majeur dans le système nerveux de la littérature française. Avec lui, on abandonne la sécheresse du 18e siècle. Tout au long de son œuvre, on retrouve un style nouveau qui trouve son apogée dans les Mémoires d’Outre-tombe. Un style de pensée, mais aussi de vie, auquel Baudelaire était très sensible.

Finalement, que retient-on de Baudelaire ?
Tout. Avec Baudelaire, un nouveau clavier de la sensibilité apparaît qui se propagera jusqu’à nous. C’est ce qu’on appelle la vague Baudelaire. Pourtant, l’auteur a toujours refusé le terme « avant-garde ». Car si le mélange d’éléments dans sa prose est nouveau, le poème en lui-même respecte les formes traditionnelles. Comme l’écrivait Victor Hugo, Baudelaire a donné un « frisson nouveau ».

Propos recueillis par Florence Mazet

En savoir plus


La Folie Baudelaire, Roberto Calasso, Gallimard, 28,50€.

Site internet de la Maison de Chateaubriand

  • Imprimer
  • Agrandir le texte
  • Envoyer à un ami

Dans la médiathèque

Rechercher dans l'agenda

Catégories

Annuaire des lieux culturels

Actualités les plus consultées