Théâtre - Danse

Critique

Muerte y reencarnacion en un cowboy

CP/Christian Berthelot,

Le théâtre de Gennevilliers offre une opportunité rare, celle de découvrir la nouvelle création de ce grand poète de la scène qu’est l’argentin Rodrigo Garcia.

«Si nous rions de la façon dont nous rions, c’est à l’évidence parce que nous ne sommes pas heureux».Extrait de la nouvelle création de ce poète de la scène, l’argentin, Rodrigo Garcia, actuellement présentée sur le plateau de Gennevilliers, le propos déchire, écorche à vif.

Peut-être plus radicale encore que toutes ces œuvres précédentes, parce qu’elle frappe ce propre de l’homme, le rire,  « Muerte y reencarnacion en un cowboy », laisse pantelant. Aussi provocateur qu’exceptionnel, le spectacle interdira même les applaudissements convenus du public à l’issu de la représentation ; les acteurs disparaissant aussitôt leur performance – et rarement le mot aura autant été mérité – réalisée. Le mot de provocation ne saurait convenir si ce n’est dans cette acception rare : « ce qui excite le désir ». Dans la frustration,  il s’agit de retrouver l’envie et le plaisir profonds d’applaudir comme celui de rire vraiment. Rodrigo Garcia prive d’entrée de jeu son public en le poussant dans ses ultimes retranchements, retardant au-delà des limites du raisonnable l’avènement de l’audible. Au commencement, il n’y a pas le verbe. Mais il n’y a pas rien. Il y a l’enfer du bruit répercuté par des amplis à faire trembler les fauteuils.  Un rude rodéo proche de la démence dans un monde d’autistes que le dramaturge secoue avec une violence cathartique magnifiquement assumée par les acteurs. Entravés, nus, dans un corps à corps aussi brutal qu’absurde, les comédiens investis du rôle  qui n’est autre que le nôtre - quand nous nous regardons dans les yeux de Rodrigo Garcia « organisant le pessimisme » - se débattent sans rime ni raisons avec des guitares électriques lâchant stridentes leur dernier souffle sur cette scène métaphoriquement peuplée, entre autres, de panneaux de signalisations et d’une vache mécanique aux yeux rouges clignotants. Insupportable ? Le non-sens d’un rire ne l’est-il pas ? Sur cette absolue non concession, cette tabula rasa salutaire, le verbe prend chair. Avec cet humour noir et ce sublime sens de la dérision que les « afficionados » de Rodrigo Garcia aiment par-dessus tout, il prend chair dans la forme de deux cowboys habillés de « ray ban » spectaculaires, de « santiagues » non moins théâtrales et, qui,  allongés sur des transats discourent philosophiquement, bergsonniens en quête de nouvelles frontières, risibles par « ce côté de leur personne qui se dérobe à leur propre conscience ».

Marie-Emmanuelle Galfré

En savoir plus

 Du vendredi 11 janvier au samedi 19 janvier 2013, mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi, samedi 20h30, dimanche à 15h, Théâtre de Gennevilliers, Centre dramatique national de création contemporaine, 41, avenue des Grésillons, Gennevilliers, tarifs : de 24€ à 9€, tél : 01 41 32 26 26, www.theatre2gennevilliers.com 

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