Danse - Musique - Théâtre

Portrait

Daniel Jeanneteau aux commandes du Théâtre de Gennevilliers

Daniel Janneteau - CP/CD92 OR,

Ancien directeur du théâtre de Vitry, le scénographe et metteur en scène vient de succéder à Pascal Rambert à la tête du T2G, le centre dramatique national de Gennevilliers.

Quinquagénaire comme son prédécesseur, Daniel Jeanneteau semble appartenir à la même lignée faustienne de ceux qui ne vieillissent jamais. La flamme du spectacle vivant peut-être, à moins qu'il ne s'agisse tout bonnement de l'air particulier de ce théâtre. En témoignerait Bernard Sobel, son fondateur en 1964, qui en a été l'âme pendant quarante ans et est demeuré un jeune vieil homme passionné par le théâtre au présent.

Prolonger et approfondir
À l'aube d'un nouveau mandat, il est tentant d'imaginer révolutions et ruptures, voire de chercher quelques noises façon tabloïd. Ce n'est pas le genre : Pascal Rambert et Daniel Jeanneteau sont de la même génération, ils se connaissent, s'apprécient, travaillent ensemble parfois. Même si le regard et les projets diffèrent, par la force des caractères distincts et du temps qui a passé. « Avec Pascal, la programmation a toujours été très excitante, inattendue, très ouverte au monde. J'y souscris. De même pour les formes hybrides, la danse, les arts plastiques : je ne refermerai aucune des portes qu'il a ouvertes. Ce sont des forces accumulées sur lesquelles le théâtre s'appuie aujourd'hui. Mais pour les prolonger et les approfondir, il faut absolument travailler à renouer avec la ville, la population de Gennevilliers, la proximité. Il y a aujourd'hui une forme de suspicion vis-à-vis des artistes qui paraissent être des privilégiés faisant des choses inutiles, ou tellement compliquées, ou tellement ennuyeuses, qu'on ne va pas les voir. » Le regard se fait malicieux : « Ce qui est souvent faux… Parfois, par mégarde, des gens viennent quand même et sont alors bouleversés par un spectacle nouveau. La rencontre est toujours possible. »

Pour et avec les autres
« La population qui va au théâtre aujourd'hui est bien plus nombreuse que dans les années cinquante et soixante. Néanmoins, au regard de l'effort public fourni chaque année, c'est encore très insuffisant. La plupart des centres dramatiques nationaux de banlieue sont encore considérés comme des théâtres parisiens mal placés, avec des problèmes de transport ! Il serait temps de rompre avec cette idée-là… »Il n'y aura pas de recette miracle, mais des partenaires réguliers, le comédien Lazare « volcanique, hyper présent, éclatant », le metteur en scène Adrien Béal, « intérieur, sensible, saisissant ». Du long terme sur le terrain avec des auteurs, comme Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel, invités à s'immerger parmi les habitants pour « un travail de collecte poétique avec, au bout, la possibilité de spectacles. » Des projets de circulation des arts dans la ville, en partenariat avec le conservatoire Edgar-Varèse et la galerie d'art contemporain Édouard-Manet. Des idées de relations à l'échelle de la ville, du département et de la région. « J'aimerais aussi que la maison soit vivante en dehors des représentations. Vitez disait : les théâtres sont comme les couvents, on y prie pour le monde à l'insu des gens… »

Le trouble et le malentendu
Aller à la rencontre du spectateur n'est pas non plus lui offrir quelque chose à consommer, ni satisfaire ses attentes : « Il n'y a rien de pire que de combler quelqu'un, c'est le remplir… Mon but dans ce métier est qu’il y ait du vivant, de l'émotion, du trouble. Comment faire un spectacle qui soit aussi important pour moi que la mort de ma grand-mère ? Je l'ai vécu, j'ai vu certains spectacles qui m'ont vraiment atteint. » Il cite la troupe de Pina Bausch, des mises en scène de Klaus Michael Grüber, le cinéma de Tarkovski. « L'émotion dans ce domaine-là s'apparente à une forme de blessure. On y repense ensuite, on y revient, on a besoin de la guérir. C'est ce travail de guérison qui m'intéresse. Je crois à l'émotion comme origine de la pensée. » Et ainsi faire confiance au public pour partager avec lui cette même émotion ? « Pas forcément la même : je crois aussi beaucoup à l'intérêt des malentendus ! L'histoire de l'art en est truffée : l'émotion que produit en nous une statue égyptienne n'a certainement rien à voir avec celle qu'elle produisait à son époque. Mais peu importe, c'est un registre d'intensité qui agit sur le corps, et notre pensée devant une œuvre est une pensée d'aujourd'hui. D'ailleurs, plutôt que le terme de contemporain, qui est toujours un peu abrupt et surplombant, je préfère le terme de présent : la présence du comédien, la présence au monde, vivre et aimer le présent. Les œuvres en phase avec ce présent m'intéressent, que ce soit Shakespeare ou un auteur vivant. C'est exactement le cœur de notre travail. »

Didier Lamare

En savoir plus

Site web du Théâtre de Gennevilliers www.theatre2gennevilliers.com

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