Danse - Musique - Théâtre

Portrait

Dominique Laulanné : "La culture est là pour ouvrir les yeux sur le monde"

CG92/OR, DOMINIQUE LAULANNE MAISON DE LA MUSIQUE

Directeur de la Maison de la Musique de Nanterre, il se considère avant tout comme un militant de la culture. Avec un mot d’ordre : s’ouvrir au monde.

Sur les murs du hall de la Maison de la Musique, des photos de Bruno Boudjelal alternent avec celles collectées chez les habitants du quartier des Provinces-françaises. Un écho de l’exposition Paysages du départ : plus de quatre-vingts clichés choisis dans leurs baluchons des souvenirs par des Nanterriens présentés en grand format sur les murs d’immeubles – une manière littérale d’avoir pignon sur rue…

Commencer la saison d’une « scène conventionnée pour la musique » par une exposition de photos en plein air n’est pas banal ! C’est ainsi que Dominique Laulanné envisage son rôle et sa programmation : « un travail de composition, qui repose beaucoup sur l’intuition… » Où l’on peut trouver du pêle-mêle et du métissage. Se succèdent l’Américaine Sheila E., le Nigérian Seun Kuti et les créations musicales hors normes de Thierry Balasse autour de Pierre Henry ou de Pink Floyd. Les Nouveaux Mondes des spectacles numériques d’Adrien Mondot et Claire Bardainne, ceux de l’électro d’Étienne Jaumet et Félicie d’Estienne d’Orves répondent à la tradition lyrique réinventée, comme la création cet hiver de l’opéra de Janacek La Petite Renarde rusée, dans une mise en scène « cinématographique et lumineuse » de Louise Moaty. Les auditeurs de Music for 18 Musicians du compositeur répétitif américain Steve Reich participeront grâce au chorégraphe Sylvain Groud à une « mise en mouvement de leurs émotions ». Et puis il y a la musique contemporaine jouée par TM+, l’ensemble en résidence, « qui fait peur surtout quand on ne la connaît pas… » Prenons l’exemple de Counter Phrases, une re-création associant des films sur la danse, des compositions contemporaines occidentales et de la musique africaine jouée par le trio de Ballaké Sissoko. « C’est un projet complètement atypique qui répond bien à mon envie de vouloir brasser les genres et les publics, de rassembler des personnes différentes dans une curiosité commune autour d’une dimension scénique. »

À l’entendre ainsi parler d’une vie culturelle ouverte sur le monde – dans tous les sens du terme –, la curiosité nous vient des origines de ce militantisme artistique qu’il exprime d’ailleurs toujours de façon affable et apaisée. « Ce qui m’a fait bouger, c’est l’Amérique latine. J’ai vécu trois ans à Saint-Domingue à la fin des années quatre-vingt. J’ai passé trois mois dans un bidonville : les efforts inimaginables des habitants pour rester solidaires les uns des autres et conserver leur dignité alors qu’il n’y a pas d’électricité, pas d’eau courante, un immense dépotoir en haut de la rue et des rats partout le soir qui débarquent… Ce quotidien-là m’a énormément touché. Je n’ai pas eu le sentiment ensuite de revenir en France, mais de continuer mon voyage quelque part… Il s’est trouvé que c’était dans la culture et en France. »

L
e parcours physique de Dominique Laulanné a fini par se sédentariser : rencontres, institutions, le théâtre contemporain à Strasbourg, l’Arcadi en Île-de-France, puis plusieurs années à la compagnie Philippe Decouflé avant de prendre la direction de la Maison de la Musique. « La culture, ce ne sont pas les loisirs : il y a le monde comme il est aujourd’hui et la culture est là pour ouvrir les yeux sur ce monde. On essaie ici de donner du plaisir mais on a aussi une conscience, sans pour autant se morfondre dans le lugubre : on peut dénoncer, on peut s’amuser, on peut bousculer les habitudes et la vision des gens. Je ne me reconnais pas vraiment dans le terme entertainment… même s’il y en a évidemment une part dans ce qu’on propose. »

Avec le nomadisme culturel, en revanche, il n’en a pas terminé. « J’ai un bonheur d’Asie : ma femme est japonaise, je l’ai rencontrée sur un projet Decouflé tandis qu’à la même époque je découvrais des racines vietnamiennes demeurées très mystérieuses – ma mère avait quitté le Vietnam en 1950 et nous avons grandi dans l’ignorance de cette famille que je n’ai rencontrée que très récemment. Alors voyager, en Amérique latine ou en Asie, c’est regarder le monde de plus loin, c’est prendre de la hauteur ». 

Didier Lamare

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