Danse - Musique - Théâtre

Portrait

Yoann Bourgeois "Le cirque est un art de vivre plus qu'une pratique"

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Le festival Solstice lui a donné carte blanche pour imaginer un spectacle inédit dans le parc de la Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry, le dimanche 26 juin.

Il se présente comme un acteur, acrobate, jongleur, danseur qui serait avant tout un joueur. Écouter Yoann Bourgeois – tout jeune codirecteur du Centre national chorégraphique de Grenoble – parler du cirque tel qu’il l’entend, avec cette voix posée qui fait contrepoint aux perspectives aériennes qu’il déploie, et l’on se sent aussitôt chez lui, en Chartreuse, comme penché au balcon du vertige.

Gravitation
« Mon utopie consisterait à jouer partout, jouer tout le temps… » Dans sa besace de voltigeur des confins, Yoann Bourgeois promène une constellation de numéros - équilibre, jonglage, trampoline - composant son chantier permanent de création. Un répertoire d’esquisses qui reposent souvent sur des dispositifs matériels particuliers. « L'élément premier pour moi est le rapport aux forces physiques. Travailler sur le plan mécanique des choses. » Comme les cubes et les trampolines de L’Art de la fugue, une incarnation à deux de la musique de Bach, à la fois aérienne et mélancolique – puisque si l’on y vole, bientôt l’on retombe. Ou comme dans son récent spectacle, Celui qui tombe, un plateau en bois de six mètres de côté, deux tonnes en équilibre sur quelques millimètres – « quelque chose de très élémentaire : une boule de caravane accrochée dans un montage remorque… » - et dessus, six personnes : « Elles tentent de tenir debout. C’est déjà la problématique de notre condition humaine. L’essentiel pour elles est d’être attentives, ensemble, aux contraintes de la gravité. Le moindre regard a une influence sur cet équilibre. »

Suspension
Chacun des personnages de Yoann Bourgeois est ainsi appelé à résister à des forces contraignantes, dans « une tentative d'approche d'un point de suspension. » Les trois dimensions de l’espace, avec incursion dans la quatrième : la suspension est également une affaire temporelle. « Le suspens, c’est aussi l'instant : j’essaie de rendre perceptible ce présent absolu. » Comme s’il cherchait à comprendre le mystère du monde sous un angle plus émotionnel que celui des formules mathématiques. « Les fugues de Bach m’ont permis d’écrire le cirque autrement, un cirque qui ne serait plus soumis à l'autorité toute puissante de la surenchère, de la performance, mais serait sur des lignes plus horizontales. Cela me donne des occasions de structurer le temps, mais aussi d'ouvrir le sens, plutôt que de l'enfermer. » Alors, les arabesques de trois balles blanches matérialisent des lignes musicales, les corps qui volent paraissent soudain, l’espace d’un rien, arrêter le temps. « Il y a quelque chose de commun entre les sports de glisse et ma pratique du cirque : un certain rapport au mouvement initié par des flux qui nous dépassent. Le vent, la pente, la vague… Il s'agit de rentrer à l'intérieur d'un mouvement plutôt que de le produire. »

Espaces
Dans le parc boisé de la Maison de Chateaubriand, Yoann Bourgeois nous prépare un circuit à part, entre spectacle de cirque, déambulation et exposition d’objets créés spécialement pour l’occasion. « Le parc, ses arbres, nous offrent la chance de ralentir, donc d'être attentifs autrement. Le spectateur cheminera aussi dans mon imaginaire. Ce sera très différent de la posture traditionnelle qui consiste à acheter un billet pour assister à un spectacle dans un lieu déterminé. » Il y aura là quelque chose qui relève de la visite d’atelier, avec beaucoup de soin accordé au partage avec le public. « Prendre soin de ce que l’on fait est ce qu'il y a de plus précieux dans le travail. Et cela ne va pas de soi : tout nous invite tellement à produire avant de créer… » Le cirque, son cirque, est « un art de vivre plus qu’une pratique, un désir de jouer sa vie ». Et pour jouer, Yoann Bourgeois a besoin d’espaces qui le dépassent : « En ville, tout nous ramène à la mesure humaine ; en montagne comme en mer, nous ne sommes qu'un détail. Dans la poésie que j'essaie de développer, l'homme n'a pas plus d'importance que l'animal ou la machine. Il en est d'autant plus bouleversant ».Les espaces, ce sont également les vides, le jeu au sens mécanique. Sans lesquels aucun mouvement ne serait possible, aucune résonance audible. Aussi, quand il évoque le vide comme une question informulable, toujours ouverte, on se dit qu’on tient avec Yoann Bourgeois un acrobate zen très singulier.

Didier Lamare

En savoir plus

Le dimanche 26 juin Ă  16 h et 19 h 30 dans le parc de la Maison de Chateaubriand.
Infos pratique sur le site web de la Maison de Chateaubriand

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