Théâtre - Danse

Panorama

2012-2013 : Une saison théâtrale inspirée

Sallinger © Carlos Furman,

Place à la poésie dramatique. Les théâtres du département se sont, semble-t-il, donnés le mot pour apporter, cette saison 2012/2013, la plus belle des réponses à la crise.

Défiant les genres communément admis, comique, tragique, épique, lyrique jusqu’au prosaïque, politique, plus que jamais ouverte sur  le monde et la diversité des formes, l’expression dramaturgique départementale, dans le foisonnement éclectique de ses propositions, ressort d’une formidablement vivante exigence poétique.

Comment la parole peut-elle modifier l’autre et le monde ? Au carrefour de toutes les thématiques puissantes portées par la pièce la plus politique de Racine, « Britannicus », création qui ouvre la saison à Nanterre-Amandiers, le metteur en scène et Directeur du Centre Dramatique National, Jean-Louis Martinelli,  choisit cette interrogation en forme de fil rouge. Sur le fil du rasoir, se tient aussi « Calme » (lire la critique) , son autre création mise à l’affiche à la mi-janvier, la pièce de Lars Noren  interrogeant à ses yeux la nécessité de l’oubli pour vivre. La fibre poétique vibre également à Gennevilliers avec « Memento mori » ( « souviens toi que tu mourras »). Célèbre pendant au « carpe diem », « Cueille le jour », des Odes d’Horace, la nouvelle création de Pascal Rambert, directeur du Centre Dramatique national de création contemporaine, exalte l’Eden comme un paradis qui ne serait perdu qu’au sens où nous en jouirions peu de temps, sans conscience. Sur le même plateau, en début de saison, les trois pièces accueillies dans le cadre du Festival d’Automne, se présentent comme des moments de découverte privilégiée signés par trois grands poètes et dramaturges de la scène contemporaine internationale à la croisée de tous les arts vivants. Toujours à Gennevilliers, l’invitation faite à la nouvelle création de l’écrivain de plateau qu’est l’argentin Rodrigo Garcia,  « Muerte y reencarnacion en un cowboy » (lire la critique),  tient la promesse de repousser les frontières tacites de l’expérience scénique.

Des temps forts de haute volée
Sur cette crête poético-philosophique, se hissent également d’autres temps forts de la saison. Au théâtre 71, un sommet de la poésie dramaturgique du siècle d’or espagnol est à l’affiche en février. Monté par Jacques Vincey, « La vie est un rêve » de Pédro Calderon de la Barca interroge : Et si le vrai de la vie était le mensonge et l’illusoire la certitude ?  En novembre, la Scène Nationale implantée à Malakoff prête également son plateau au brillant poème dramaturgique signé Bernard-Marie Koltès : « Sallinger ». La fable, devenue un classique du répertoire contemporain français, montée par Paul Desveaux et Céline Bodis avec la célèbre troupe d’El Complejo Teatral de Buenos Aires, hante la question du sens de la violence. Au titre d’une reprise exceptionnelle, « Hedda Gabler » (lire la critique), violente figure emblématique et tragiquement poétique de la peur de la déchéance sociale, remonte sur le plateau des Gémeaux. L’héroïne de la pièce éponyme d’Henrik Ibsen  regardée par le metteur en scène Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubühne à Berlin, comme « la fille de son père et non pas la femme de son mari », est rendue à son authenticité avec un raffinement explosif.
Le même Thomas Ostermeier est aussi en avril à l’affiche de Nanterre-Amandiers avec une autre pièce phare du poète et auteur dramatique norvégien : « Les Revenants ». La création montée là avec des acteurs français est portée par cette interrogation : Sommes-nous des êtres indépendants et libres ou ne sommes-nous que le produit de ceux qui nous ont précédés ? 

Des inconditionnels non-conventionnels
Le même plateau, celui des Amandiers, accueille pour la première fois en France l’une des troupes britanniques des plus célèbres, connue sous le nom de Prospeller, dans « Twelth Night » (« La nuit des Rois ») de Shakespeare. Dirigée par Edward Hall, cette compagnie pleine d’énergie renoue avec une convention incontournable du théâtre élisabethain. Entièrement constituée d’acteurs masculins, les rôles féminins étant interprétés par des hommes, elle porte à son paroxysme les jeux de travestissement et l’ambiguïté érotique propres  aux drames shakespeariens. La création dramatique britannique s’exprime également avec force sur la scène des Gémeaux, à Sceaux, avec cet « Ubu Roi » d’Alfred Jarry mis en scène par le fameux Declan Donnellan, partenaire privilégié de la Scène Nationale. Avec audace, les fleurons  de la littérature dramatique, comiques ou tragiques, sont partout poétiquement revisités. Au Théâtre de l’Ouest Parisien, « Le Système Ribadier » de Feydeau ouvre le ban mis en scène par Jean-Philippe Vidal avec l’intention de « faire jaillir la poésie des  personnages ». Une même ambition porte sur ces mêmes planches, « Les Mystères de Paris » d’Eugène Sue, « La Mouette » de Tchekhov », le « Pantagruel » de Rabelais, l’adaptation mise en scène par Gilbert Desveaux de « L’importance d’être constant » d’Oscar Wilde. L’affiche du théâtre de Suresnes Jean-Vilar creuse la veine avec ce « Dom Juan » de Molière mis en scène par René Loyon, ce « Richard III » de Shakespeare signé Jérémie Le Louët ou cet « En attendant Godot » porté sur les planches par Bernard Levy en collaboration avec le chorégraphe Jean-Claude Galotta. Et que dire de cette « Villégiature » de Goldoni mis en scène par Thomas Quillardet entre «grotesque et tendresse » au théâtre Jean-Arp à Clamart ?

Un feu d’artifice de découvertes
A l’image de l’Avant-Seine, dont la saison est signée pour la première fois par le nouveau directeur Grégoire Lefebvre, un beau souffle porteur de promesses comme d’autant d’aventures poético dramatiques gonfle les voiles des programmations. Ainsi le plateau du théâtre de Colombes donne-t-il rendez-vous pêle-mêle à l’une des figures du théâtre mexicain, José Arturo Vargas, à l’électron libre de la scène autrichienne, Superamas, au metteur en scène iconoclaste, Philippe Ulysse. Le 28 février,  il accueille « La Maladie de la famille M » - également programmée le 23 du même mois au théâtre de Suresnes Jean-Vilar – pièce dont le texte et la mise en scène sont dus à l’une des voix contemporaines les plus prometteuses du théâtre italien Fausto Paravidino, et  tragi-comédie jouée par les comédiens de la troupe de la Comédie Française. Monte également sur ces planches à Colombes, et sur le plateau du théâtre Firmin-Gémier La Piscine en décembre, cette « Noce » d’Anton Tchekhov en forme de véritable exploit mis en scène par Vladimir Pankov avec une troupe de trente comédiens.

Dans le foisonnement des propositions d’une saison particulièrement riche en découvertes, il faut encore signaler les deux pièces montées par Michel Didym à partir de deux textes du poète humoriste Pierre Desproges : « Savoir vivre » à l’affiche du Théâtre 71 et « Chroniques d’une haine ordinaire » programmée au TOP en novembre et au théâtre Jean-Arp en septembre.  La saison fait également une place aux valeurs sûres, aux reprises en forme de redécouvertes : « J’aurais voulu être égyptien » revient sur la scène des Amandiers, le poétique « Voyage au bout de la nuit » adapté par Nicolas Massadau et porté par Jean-François Balmer reprend le chemin des Gémeaux,  la magnifique « Bérénice » du jeune metteur en scène Laurent Brethome, artiste désormais associé au théâtre Jean-Arp à Clamart, est réinvitée sur les planches du théâtre Firmin-Gémier La Piscine, la grande « Epreuve » de Marivaux signée Clément-Hervieu Léger de La Comédie Française réinvestit la scène du TOP. 

Marie-Emmanuelle Galfré 

Rechercher dans l'agenda

Catégories

Annuaire des lieux culturels