Théâtre

Trois questions à …

Jeanne Champagne, metteur en scène

Jeanne Champagne - DR, Portrait de Jeanne Champagne, metteure en scene.

Avec sa nouvelle création, L’Eden Cinéma, Jeanne Champagne est invitée pour la seconde fois cette saison au Théâtre 71 à montrer son travail sur des textes de Marguerite Duras.

 

D’où vient cette envie d’adapter et de mettre en scène « Duras » ?
« La première des raisons : j’aime énormément son écriture. Je l’ai découverte dans les années 70 comme tous les gens de ma génération. Et il y a deux ou trois ans, j’ai eu envie de la relire. Il y a des écrivains, des penseurs qui sont comme des « amis » ; ils nous aident à devenir ce que nous sommes. Beauvoir a joué pour moi ce rôle sur le plan politique. Marguerite Duras sur le terrain de l’amour de la vie et de la création.  Il me semble important de faire entendre sa voix aujourd’hui, notamment vis-à-vis de la jeune génération qui ne connaît pas Duras ou mal et qui la découvre avec bonheur. En témoigne la réaction des adolescents lors des précédentes représentations, une réaction qui me met en joie et comble mon côté militant. Les thèmes qui sont les siens comme le rapport d’amour/haine à la mère par exemple, ses personnages placés dans des situations extrêmes, passionnelles, intéressent au premier chef la jeunesse ».

La Maison, que l’on a pu voir début décembre, était une adaptation de La Vie Matérielle. L’Eden Cinéma est celle de son roman phare, « Un barrage contre le Pacifique ». Pourquoi avoir choisi ces textes ?
« J’ai tiré un fil comme on remonte un courant jusqu’à la source de son oeuvre. Dans La Maison, je voulais faire découvrir à quel point Marguerite Duras est cette femme qui voulait tout. Une femme plurielle, investissant tous les champs de l’existence. On y entend que, le soin qu’elle prend dans sa cuisine à éplucher les légumes pour la soupe en préparation est identique à celui qui la meut quand elle prend la plume pour écrire. Et on comprend que l’un et l’autre se nourrissent mutuellement dans un même geste. C’est une militante de la vie même. Le sens que nous donnons aux choses n’est pas imposé de l’extérieur ; il nous appartient de leur en donner un. Son écriture est de chair. L’écriture du corps est corps de l’écriture. Remonter à la source, c’est également inévitablement tomber sur « Le barrage », cette fiction biographique ou cette biographie fictionnelle qu’elle adapte pour le théâtre : « L’Eden Cinéma ».

Quels sont vos partis pris de mise en scène pour cet « Eden Cinéma »?
« La figure maternelle, d’une ambiguïté saisissante magnifiquement exprimée en ces termes mêmes « la saleté, ma mère, mon amour » est évidemment prégnante. Il faut faire entendre cette dualité en servant le texte d’abord en jouant des nuances, avec précaution. Je voulais que prime le ressenti. Je voulais que le texte, extraordinairement vivant, soit immédiatement sensible. Le choix de la forme dont je laisse faire la découverte, sachant que je suis une grande passionnée de cinéma italien, permet à mon sens de faire face à ces exigences. Et puis il y a une très belle équipe d’acteurs, tous, qu’il s’agisse de comédiens avec lesquels j’ai l’habitude de travailler  ou de nouveaux récemment intégrés pour les besoins de la distribution, heureux de servir ce texte qu’ils aiment. »


 

Marie-Emmanuelle Galfré

En savoir plus

 « L’Eden Cinema », du mardi 20 au samedi 24 mars 2012, mardi, vendredi, samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h30, Théâtre 71, Scène Nationale, 3, Place du 11 Novembre, Malakoff, tarifs : de 24€ à 9€ ( - de 12 ans), tél : 01.55.48.91.00, www.theatre71.com

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