Fautrier, la pulsion du trait

Expositions

Fautrier, la pulsion du trait

1938 - Aquarelle, gouache et plume sur carton 18,8 x 24,7 cm - Musée du Domaine départemental de Sceaux,

Le musée du Domaine départemental de Sceaux rend hommage au peintre Jean Fautrier. La pulsion du trait présente une centaine de dessins, estampes, lithogravures… pour le 50e anniversaire de la mort de cet artiste inclassable.

Un hommage ? De sa voix étrange Fautrier aurait ricané, lui qui se réjouissait que ses toiles disparaissent de l’accrochage des musées… Personnage hors du temps, Fautrier ne tolérait sa propre peinture « qu’à partir de 1943 » la période des Otages. Il avait transposé dans la matière les figures des fusillés, les ayant aperçus depuis le haut de la tour Velléda, son atelier provisoire à la Vallée-aux-Loups où il s’était réfugié pour échapper à la Gestapo. Avec Giacometti et Dubuffet, ses amis proches, Fautrier partageait ce questionnement récurrent autour de la « Figure humaine ».

Chez ce peintre aussi singulier qu’ambigu, plus que la peinture à l’huile, l’œuvre graphique est le lieu fascinant de toutes les expérimentations, le territoire de toutes les transgressions, celui qui traduit le mieux la fascination et l’effroi qui habitent ses rapports à la vie et à la mort. Reçu à la Royal Academy de Londres à l’âge de 14 ans, la virtuosité de l’adolescent stupéfie ses maîtres. Il vend ses premières natures mortes à 15 ans. D’emblée, ses solutions formelles totalement originales et ses images puissantes, inquiétantes parfois, le distinguent. D’une sensibilité suraiguë, Fautrier est un dessinateur hors pair dont le trait jaillit sans contrainte, fulgurant et construit, paroxystique et retenu. De 1945 à 1964, tel un félin silencieux, Jean Fautrier terre ses affres et sa vie dans un grand parc du Val-d’Aulnay à Châtenay-Malabry où il loue une « folie » du XIXe qui lui ressemble, « L’Île Verte ». À des lieux de toute convention artistique, le peintre châtenaysien, réfractaire au post-cubisme, au surréalisme et à tous les “ - ismes ” d’ailleurs, invente une « autre figuration » qui garde sous-jacente la forme, l’intention du peintre.

Enfer

Fautrier traque le climat rimbaldien aussi bien dans les Nus que dans les étranges et somptueuses natures mortes dont Le Bouquet bleu (1928-29), une huile exposée pour la première fois à Sceaux (donation 2014). Le grand historien de l’art André Berne-Joffroy rappelait que dans Une Saison en enfer, c’est le mot « enfer » qui fascinait Fautrier. Et l’illustration de L’Enfer de Dante sera un tournant dans son œuvre. Le grand ordonnateur des rapprochements écrivains-poètes-peintres, Jean Paulhan, présente Georges Bataille à Fautrier qui illustrera deux de ses sulfureux ouvrages, Madame Edwarda (1945) et L’Alléluiah. Catéchisme de Dianus (1947). Dans le cadre intimiste du salon Guimard au Château, les illustrations transgressives des deux recueils dévoilent l’obsession charnelle, l’érotisme brutal qui parfois blasphème. Neuf dessins originaux pleine page et une foule d’estampes format « vignette » sont exposés. « Il s’agit d’une quête. À la frénésie sexuelle de Madame Edwarda répond la jouissance morbide, l’appétit et la dépendance aux femmes de L’Alléluiah », précise Bertrand de Sainte-Marie, commissaire de l’exposition.

Trait pour Trait

L’exposition Fautrier s’inscrit dans le cycle Trait pour Trait qui, depuis 2011, met en exergue le fonds graphique du musée de Sceaux auquel Fautrier fit une donation en 1964. Au Petit Château, le parcours chronologique montre une série de Nus féminins, raffinés et poétiques, décrits à la plume et à l’encre par arabesques allusives ou suggestives. Fautrier compose d’infinies variations autour du corps de la femme qui semble contenir le monde à la manière de la Vénus de Lespugue, placée en regard du tableau de la Jeune Fille, 1942 (donation 1964). Quelques dessins de Paysages informels, six petits originaux multiples aux rehauts de pastels rose et mauve (prêt du Centre Pompidou), renouent avec la joie de la couleur (aquatinte, eau-forte, lavis d’encre, héliogravure). Les œuvres de la période 1942-1947 sont majoritaires, augmentées de feuilles inédites 1943-1945 tirées du fonds Le Savoureux à la Vallée-aux-Loups. Quatre estampes des Otages (1944) témoignent de cette dramaturgie que l’artiste fait sienne. Dans son ouvrage Fautrier 43, Robert Droguet écrit : « Il y a trois choses dans un tableau de Fautrier, premièrement le fond, secondement le plâtre, troisièmement le trait ». Fautrier ajoutera de sa main : « Et quatrièmement l’Émotion, avec peu de couleur, peu de trait et pas de fond – avec rien du tout ».

Alix Saint-Martin

Infos pratiques

Fautrier, la Pulsion du trait, du 12 septembre au 14 décembre au Petit Château du Domaine départemental de Sceaux et au salon Guimard. Infos pratiques, tarifs des visites libres et visites guidées, jours et horaires d'ouvertures sur le site internet du Domaine départemental de Sceaux

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