La Grande Guerre, MA 30

Expositions

"Reflets de guerre : 14-18 en lumière", une exposition du MA 30

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Cette exposition couvre les quatre années de la Grande Guerre, de l’étincelle du 28 juin 1914 (assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois) à l’armistice conclu le 11 novembre 1918 en forêt de Compiègne. Le parcours scénographié sur 600m2 déroule trois thématiques : « Se mobiliser pour la guerre », « Vivre la guerre », « Se souvenir et reconstruire » et facilite la consultation des documents numérisés par l’usage de bornes tactiles.

Illustrant les deux premières sections, une centaine d’affiches spectaculaires et diversifiées sont signées Poulbot, Faivre, Jonas, Goursat dit SEM, Sterner... et Charles Fouqueray ! Cette propagande mobilise l’opinion, appuie le lancement des emprunts nationaux successifs, soutient l’effort de guerre, incite aux restrictions alimentaires et crée une solidarité entre la population à « l’arrière » et les Poilus au front. Les slogans sont évocateurs : « Pour la France versez votre or » (1915), « La journée du Poilu » (1915), « On les aura ! » (1916), « Réservez le vin pour nos poilus » (1918), « US Navy – Over there » (1917), « Pour la liberté du monde » (1918)… En écho, les dessins (Jean-Julien Lemordant…) et les ouvrages illustrés par André Hellé, Paul Moreau-Vauthier… racontent la vie quotidienne des civils au milieu des destructions, Verdun, l’incendie de la cathédrale de Reims... Après l’entrée en guerre des États-Unis (1917) des affiches étrangères sont lancées pour recruter des soldats alliés, précise Claire Poirion, commissaire de l’exposition. Et le plus étonnant, c’est ce catalogue de onze grandes lithographies sur papier intitulées « Section de camouflage » (1915) de Pierre Patout, qui montre au public un aspect méconnu de l’activité des artistes enrôlés dans l’armée pour « tromper l’ennemi » en dessinant de faux villages, de faux arbres, de fausses vaches, de fausses meules, de faux rochers !

Monuments
Pour illustrer la section « Se souvenir et reconstruire », noyau historique de l’exposition, le corpus d’œuvres graphiques et sculptées a été totalement restauré ! Jamais exposées, ces œuvres sont exclusivement issues du patrimoine de la ville de Boulogne-Billancourt (archives municipales, réserves du musée des Années 30 et médiathèque Landowski). La période de l’entre-deux-guerres ayant été l’âge d’or artistique de la ville de Boulogne, nombre d’artistes s’y étaient installés, en particulier les sculpteurs dont les ateliers répondaient alors aux concours lancés pour l’édification de monuments aux morts. Au musée, les cinquante-cinq esquisses de toutes tailles (plâtre, bronze ou terre cuite) de ces monuments sont pour la plupart signées des grands noms de la sculpture de l’époque : Landowski, Blondat, Loyau, Lenoir, Privat.... Les typologies se réfèrent aux grandes figures : la Victoire, le Poilu, la Veuve et l’Orphelin ou encore la Femme résignée, thématique illustrée à Penmarc’h et à Pontrieux par Pierre Lenoir. Max Blondat se tourne vers l’antique pour sculpter une Victoire à Deauville. Inspiré par les enfants, Blondat en fait des icônes : un garçonnet casqué, surmonté d’un coq, caractérise le monument de Mailly-le-Château (Yonne), 1921. Et pour L’Alliance franco-italienne de Clamecy (Nièvre), 1916, ce sont deux bambins qui s’embrassent. Pour le monument d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), Carlo Sarrabezolles privilégie le style Art Déco dans une Victoire, pourvue d’une paire d’ailes, tenant une couronne de lauriers dans chaque main. Dans cette même veine, Georges Saupique érige Le Semeur de lauriers. Certaines de ces maquettes touchent au gigantisme comme celle de Marcel Loyau pour le monument de Vernou-sur-Brenne (Indre-et-Loire) haut de 3,50 m. Deux de ses reliefs seront exposées dans la nef Landowski. En amont de l’exposition, une campagne photographique a saisi les monuments dans leur environnement actuel. Reproduits sur des panneaux géants placés à l’arrière des maquettes correspondantes, ils offrent une intéressante mise en perspective entre les étapes de la création et la réalisation grandeur nature. À l’issue de la première guerre mondiale, les arts plastiques sont marqués par le mouvement dit du « retour à l’ordre » (ou mise au premier plan d’un classicisme occulté par les révolutions successives des avant-gardes au tournant du XXe s.). Ainsi, l’entre-deux-guerres se sera passionné pour la figuration, permettant aux artistes de matérialiser la mort… ce que bannissait l’abstraction !

Humanité
Paul Landowski (1875-1961) est la figure de maître des sculpteurs boulonnais de l’entre-deux-guerres et celle de la sculpture monumentale funéraire en France. Plus de trente monuments dans l’Hexagone mais aussi à l’étranger, à Buenos Aires, en Suisse… ou au Maroc (un symbole de fraternité entre les peuples, rapatrié à Senlis en 1961). Parmi les nombreuses maquettes de Landowski, présentes à Boulogne, on remarquera son grand Bouclier, un plâtre exécuté pour le monument aux morts en bronze situé à la mairie du XVIe arrondissement de Paris. Chaque motif de ce bas-relief ouvragé représente les batailles menées par la France. Landowski a toujours eu une idée spirituelle de la commémoration et sa statuaire publique est chargée de sens. Le monument qui lui est commandé pour le cimetière Pierre-Grenier de Boulogne-Billancourt (inauguré en 1924) évoque avec grandeur une femme accablée et son enfant. La source de l’inspiration du sculpteur est notée dans son journal, relève Michèle Lefrançois, ancien conservateur du musée des Années 30 et du musée-jardin Landowski :  « Je ferai là cette statue, cette femme que j’ai vu adossée à un pilier de la gare d’Orsay et qui pleurait, les bras tombants, sans un geste ».

Les Fantômes

Le phare de l’exposition est certainement la maquette originale du monument Les Fantômes, commandé par l’Etat en 1919 à Landowski. Le plâtre (1,30m x 1,30 m x 0,65 m), est accompagné d’études préparatoires sculptées en taille directe dans la pierre comme autant d’étapes de la pensée de l’artiste. Le premier jalon ne fait que quatre centimètres de haut ! À Oulchy-le-Château (Picardie) le monument en granit s’élève à huit mètres ! Il fut inauguré en 1935, à l’endroit où le repli des Allemands (28 juillet 1918) décida du sort de la seconde bataille de la Marne. Le monument comporte sept soldats morts, un par corps d’armée (grenadier, mitrailleur, sapeur, fantassin, aviateur…). Leurs yeux sont clos, leurs corps inclinés semblent s’arracher à la terre pour entourer une figure adolescente incarnant la jeunesse sacrifiée. Ce groupe a été placé sur la butte de Chalmont d’où il domine la plaine et hante les mémoires cent ans après la tragédie. Pour les atteindre, il faut gravir quatre séries de marches symbolisant les années de guerre. Devant eux, au sol, une femme se dresse, sans autres armes qu’un bouclier défensif orné d’allégories « Liberté-Egalité-Fraternité » : c’est La France ! Landowski n’a pas choisi de représenter une déesse grecque ou romaine, une Minerve ou une variation de la Victoire de Rude ou de Samothrace mais la Paix. Une force irrésistible en marche… En 1916, Landowski écrivait dans son journal : « Ces morts, je les relèverai… »

Alix Saint-Martin

Infos pratiques

www.boulognebillancourt.com

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