La Seine, de l'impressionnisme à l'abstraction

Expositions

La Seine, de l’impressionnisme à l’abstraction

François Louis Français,

À Issy, le Musée français de la Carte à jouer présente le premier volet de l’exposition Paysages : une évocation impressionniste de la boucle de la Seine. Jusqu’au 20 mars.

« Belle Boucle » ! Ce nom évocateur fut lancé par le docteur Bezançon, créateur du musée de Boulogne, pour désigner la portion du territoire où le fleuve s’étirant du Point-du-jour jusqu’à Suresnes, forme un méandre langoureux en aval de Paris. Ces quelques kilomètres auront connu la plus forte concentration de peintres, en particulier celle du groupe des impressionnistes dont le succès a rendu célèbre la Belle Boucle dasn le monde entier. Mais plus largement, à la fin du XIXe siècle, ce sont tous les peintres amoureux de la nature qui se sont précipités sur les rives de la Seine, à Issy, Meudon, Boulogne Suresnes, Courbevoie… ou encore le long des îles Saint-Germain et Seguin, grâce au train, nouveau moyen de locomotion, et à l’innovation de la couleur en tubes… À partir de 1870, la Belle Boucle et les reflets de son fleuve sont devenus le sujet vivant idéal pour les études des impressionnistes qui captent la lumière, l’atmosphère et l’instant. Les générations suivantes planteront leurs chevalets sur ces mêmes rives, rapidement métamorphosées sous l’effet de la « modernité » et rendront compte dans leurs toiles de ce que sont devenus les nouveaux paysages.

Peinture de genre
Le paysage acquiert officiellement son autonomie et devient une peinture de genre, au même titre que le portrait ou la nature morte, au cours du XIXe siècle en France. L’influence de l’Angleterre n’est pas négligeable dans cette évolution. Il existe en effet outre-Manche une longue et forte tradition paysagiste jamais démentie. Les expériences chromatiques de John Constable, inaugurent, avant même celles de Courbet, la peinture naturaliste. L’influence de Constable va se faire sentir en France sur Théodore Rousseau, vers 1830, et sur l’École de Barbizon dont il sera le chef de file. Ces adeptes de la perception directe de la Nature revendiquent leur filiation avec les maîtres du XVIIe siècle, Nicolas Poussin et Claude Gellée dit le Lorrain et leurs paysages de la campagne romaine. Le sentiment de la nature est encore au cœur de la peinture de paysage. L’un de ses chantres, le peintre et graveur Paul Huet, puise dans la nature indomptée de l’île Seguin pour offrir des visions de paradis naturel. Ce sont ensuite Tauzin et Schuffenecker qui reprennent le motif du Bateau-lavoir,(au Bas-Meudon) évoquant une nature intacte, des berges paisibles et accueillantes. Un climat serein règne autour du fleuve dont l’écho sensible se retrouve dans les visions de Charles-François Daubigny, de Maximilien Luce, de Prosper Galerne et d’Albert Lebourg… tous présentés à l’exposition.Le tournant à la fois romantique et abstrait, amorcé en Angleterre par William Turner lorsqu’il décompose la vision du paysage dans la lumière, convertit Monet et Pissarro. De ce véritable choc que fut la découverte par les Français de l’œuvre de Turner naît l’impressionnisme ! Ce seront donc Claude Monet et ses amis qui, l’espace d’une décennie, propulseront le paysage aux cimaises et donneront à ces rives de la Seine leurs lettres de noblesse. L’exposition d’Issy présente entre autres un Sisley de tout premier ordre, La Seine à Suresnes, ou encore Les Écluses à Suresnes,de Signac. On remarquera des tableaux de Harpignies, Les Bords de la Seine à Suresnes, et Jongkind,La Seine à Meudon… Par ailleurs, de nombreuses huiles, gravures et dessins aquarellés de petits maîtres, représentant les mêmes paysages, les mêmes vues générales et scènes bucoliques, surprennent, tant le traitement diffère d’un peintre à l’autre, apportant une sensation de diversité.

Esthétique nouvelle
Mais la fin du XIXe siècle, les impressionnistes ne font plus scandale. Ils intègrent même l’art officiel. En privilégiant les sensations visuelles, leur langage pictural a ouvert d’autres champs d’expérience. Emboîtant le pas à Félix Ziem, La Seine à Boulogne, les jeunes artistes s’attachent à retranscrire la fluidité du sujet et livrent l'espace fluvial aux variations de couleur. Albert Gleizes évoquera par une touche vigoureuse et colorée la Seine et ses abords comme dans L’Écluse de Suresnes. Les Fauves, Camoin, Marquet, Vlaminck, lâcheront leurs couleurs pures sur le fleuve pour l’enflammer et transcender le paysage. En 1930, Frank Will transformera Les Usines d’Issy-les-Moulineaux en feu d’artifice. Entre temps, les rives de la « Belle Boucle » se seront industrialisées. Désormais dans les tableaux, les cheminées des usines fument, les trains traversent la toile, le fleuve est enjambé par les ouvrages métalliques de la modernité en marche... Après avoir parlé du paysage en termes impressionnistes, fauvistes, futuristes, cubistes, le langage pictural s’essaie à l’abstraction. Au XXe siècle un autre rapport à l’espace-temps s’établit et le paysage disparaît en tant que représentation de la nature
Alix Saint-Martin

Infos pratiques

Paysages : La « Belle Boucle » de la Seine. Des Impressionnistes aux Années 1930. Jusqu’au 20 mars. www.issy.com

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