Du romantisme à l’impressionnisme. Les environs de Paris »

Expositions

Quand l’Île-de-France inventait le Paysage moderne

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À Sceaux, l’exposition Paysages. Les environs de Paris. Du romantisme à l’impressionnisme, retrace l’apogée de la peinture de paysage à travers une centaine de tableaux. À partir du 18 mars.

Comment les environs de Paris sont-ils devenus le berceau de l’impressionnisme et du paysage moderne ? Si à l’époque néoclassique et du triomphe du paysage historique, Pierre-Henri de Valenciennes engageait déjà ses élèves à venir dessiner en Île-de-France pour se préparer à l’indispensable « voyage en Italie », c’est bien avec la génération romantique, et surtout avec l’École de Barbizon, que l’Île-de-France devient au milieu du XIXe siècle un laboratoire de la peinture de plein air. Les impressionnistes hériteront de ce regard porté sur de nouveaux motifs et n’auront même plus à faire le voyage d’Italie... Avec les paysages d’Île-de-France, le XIXe siècle tend ainsi un fil continu entre les romantiques et les impressionnistes. Les premiers transcrivent une nature vierge et célèbrent sa beauté alors que les seconds montrent ce qu’ils voient, des paysages qui changent au gré de l’urbanisation et de l’industrialisation.

La grande référence des peintres français de la fin du XVIIIe et du début du XIXe se situe aux Pays-Bas : ainsi La Forêt de Fontainebleau, de Lazare Bruandet ou encore Le Blanchissage dans les champs près de Haarlem, une aquarelle du pré-romantique Georges Michel inspirée de l’œuvre éponyme du maître du Nord, Jacob van Ruisdael. Cette influence s’explique autant par la large diffusion des gravures de Rembrandt, dont quatre Paysages de 1640 à 1645 seront exposés à Sceaux, que par la force des modèles de Ruisdael, tel ce beau Paysage (XVIIe) et de ceux de son élève Hobbema, l’un des paysagistes aimé des peintres du XIXe. Sa célèbre toile, Allée de Middleharnis (1689), servira de référence jusqu’à l’impressionnisme… 

Élan romantique
Lors du Salon de 1824 à Paris, les critiques unanimes perçoivent John Constable comme le fondateur d’un paysagisme singulier et réaliste qui se joue en Angleterre alors qu’en France la pratique du paysage historique a toujours cours. Avec Paul Huet, le romantisme s’exprime dans le paysage à partir de 1820, comme le montre un ensemble d’huiles sur toile qui embrasse sa manière sur quatre décennies, à commencer par sa chère Île Seguin. Bord de Seine. Le bain des chevaux, jusqu’à un tableau majeur réalisé en atelier, Le Gouffre, paysage (1861), vision de la forêt de Fontainebleau. Corot se libère de l’atelier pour aller peindre sur le motif, Fontainebleau. Détails de tronc d’arbre en forêt (1822) et engage ses contemporains au plein air. « Ce mouvement conduit des communautés d’artistes à s’implanter en Île-de-France, à travailler en groupe dans “l’atelier grandeur nature”, à Cernay, Grez-sur-Loing,  Auvers-sur-Oise… et à Barbizon qui fut le creuset le plus marquant, réunissant des peintres français comme étrangers », précise Flora Triebel, conservateur au musée du Domaine départemental de Sceaux et commissaire de l’exposition. Théodore Rousseau sera la grande figure de l’École de Barbizon. Dans les pas de Corot et de Jean-François Millet son ami et voisin de forêt, Rousseau cherche à transcrire le sentiment profond de la nature, la forêt éternelle rejoignant une sorte d’imaginaire national. Rousseau peint âpre et violent, mélancolique, mais la touche est vivante et le traitement de la lumière miraculeux à la manière d’Hobbema. Théophile Gautier le surnomme « le Delacroix du paysage ».

Une vie artistique conviviale et foisonnante s’élabore dans la forêt, lieu d’échanges avec les photographes tel Eugène Cuvelier, dont le travail est présent à l’exposition. Eugène Lavieille (1820-1889) peint un remarquable paysage, Barbizon sous la neige durant l’hiver 1855, qui signe en blanc ce lieu emblématique bientôt rejoint, en 1863, par les jeunes Sisley, Renoir, Monet, Bazille. L’exposition présente un superbe tableau de Charles-François Daubigny, Soleil couchant sur l’Oise (1865) et deux œuvres de Camille Corot dont Ville-d’Avray, l’étang au bouleau devant les villas (1872-73). Les élèves de Corot, Célestin Nanteuil et F-Louis Français, implantent à Croissy un atelier flottant, proche de l’île de la Grenouillère, ce lieu célèbre où Monet et Renoir vont peindre côte à côte en 1869. Renoir travaille également aux côtés de Sisley et Pissarro. À Auvers-sur-Oise on retrouve les mêmes artistes autour du Dr Gachet qui pratique l’estampe et possède une presse. Paysage à Auvers (eau-forte de 1873), de Cézanne en témoigne. Le regard impressionniste s’estompe, Sisley lui demeure fidèle, Allée de peupliers aux environs de Moret-sur-Loing (1890), alors que Monet se dégage du mouvement en se consacrant à ses Nymphéas. 

Un nouveau regard
Le paysage n’est dès lors plus seulement présent sur les cimaises des salons. Les photographes Luigi Loir, Trinquier, Champenois, s’emparent du sujet. Le paysage s’affiche en « réclame » pour les Chemins de fer (1894-1904). La Manufacture de Paris Darté Frères édite un Service à thé aux paysages d’Île-de-France. Les concours de décors fleurissent et Franc-Lamy signe un Projet pour le décor de la salle des mariages de Nogent-sur-Marne, en 1899, qui sera présenté à Sceaux. Au cours du XIXe, les artistes Drulin, Fleury, Dunouy… montent sur les collines pour peindre les boucles de la Seine avec en ligne de mire la capitale. Ces « panoramas parisiens » se voient confrontés peu à peu à un nouveau paysage. Ainsi le grand tableau d’Auguste Lepère, Le Ballon qui descend – Dimanche au Pré-Saint-Gervais (1912), montre à l’arrière-plan l’exploitation des carrières de gypse de Pantin, une tendance que Jean-Jacques Champin avait le premier représenté : Paris vu de Gentilly, un paysage avec une vue d’usine et ses fumées… 

Alix Saint-Martin


Infos pratiques

« Paysages. Du romantisme à l’impressionnisme. Les environs de Paris »du 18 mars au 10 juillet
Toutes les infos pratiques sur le site internet du domaine départemental de Sceaux

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