Les Rouart à l'Atelier Grognard Rueil Sept 2015

Expositions

Les Rouart, une dynastie romanesque

Henri Rouart, "la Seine aux environs de Paris (détail) - DR,

La première exposition commune des trois générations de peintres de la famille Rouart fait halte à l’atelier Grognard à partir du 18 septembre. 130 œuvres évoquent l’histoire de ces Médicis du XXe siècle.

Les Rouart : de l’impressionnisme au réalisme magique, à découvrir à partir du 18 septembre à l’atelier Grognard de Rueil-Malmaison, reflète un siècle de création durant lequel « les membres d’une même famille ont été tour à tour modèles et artistes » comme le note Colette Bal-Parisot, commissaire de l’exposition. Collectionneurs et mécènes pourrait-on ajouter. Car les Rouart ont reçu dans leur cercle intime une pléiade de peintres, d’écrivains, poètes, musiciens, Gide, Mallarmé, Valéry, Debussy, Chausson… avec lesquels ils ont tissé affectivement et artistiquement des liens indestructibles de grande qualité. « On a comparé la famille Rouart aux Médicis du XXe siècle », souligne l’académicien Jean-Marie Rouart issu de cette lignée à laquelle il a consacré, en 2001, un livre, Une famille dans l’impressionnisme.
La figure tutélaire est Henri (1833-1912), Ernest (1874-1942) est son fils, Augustin (1907-1997) son petit-fils. « Tout le monde peignait et vivait dans la familiarité des plus beaux tableaux de Manet, Renoir, Degas, Corot et bien d'autres ». Un constante cependant : chaque génération s’est modestement effacée devant les maîtres qu’elle admirait, recevait, collectionnait. Paul Valéry écrira à propos d’Henri : « Ni l’ambition, ni l’envie, ni la soif de paraître ne l’ont tourmenté ». Aujourd’hui, ces artistes sortent de l’ombre sous l’impulsion de Jean-Marie qui entend mettre en valeur le rôle de soutien de sa famille au mouvement impressionniste et au développement de l’art français pendant un siècle.

Art et alliances
Les deux peintres, Henri Rouart et Henry Lerolle, amis de Degas, sont en effet ses arrières grands-pères. Degas a été la clé de l’union des deux familles, favorisant le mariage entre deux fils Rouart (Eugène et Louis) et deux filles Lerolle (Yvonne et Christine, immortalisées au piano par Renoir en 1897). Et c’est encore Degas qui présente Julie Manet à Ernest Rouart. Julie n’est autre que la fille de Berthe Morisot et d’Eugène Manet, frère cadet d’Édouard. Une évidence, elle peint ! Orpheline, ses tuteurs ont été Mallarmé et Renoir. Sa cousine se marie au poète Paul Valéry, le meilleur ami d’Ernest Rouart. « Les Rouart et les Lerolle sont des familles clés pour l’histoire de l’art de la fin du XIXe, début XXe… Debussy donnera La mort de Pelléas dans le salon des Lerolle avant de le créer à l’Opéra-Comique... Ernest Chausson, grand ami des Rouart, est aussi le beau-frère du père Lerolle », explique Dominique Bona dans une monographie parue l’an dernier.

Le fondateur
Henri Rouart est à la fois peintre et polytechnicien, élève de Corot et ingénieur, inventeur du pneumatique… Son regard dans l’Autoportrait (1880), suffit à nous renseigner sur sa forte personnalité. Edgar Degas est son ami intime. Ils se sont connus au lycée Louis-le-Grand, retrouvés sur un champ de bataille en 1870. Henri aura six enfants, c’est un grand intellectuel dont la maison est un havre d’artistes. Degas, lui, est farouchement célibataire. Il est l’ami inséparable qui met la peinture en partage.  « Peintre des arbres », Henri pratique le plein air, prôné par Corot, alors que Degas privilégie le travail en atelier. Les Rouart sont « la vraie famille » de Degas qui considère les enfants comme les siens. À cinquante ans, Henri lâche l’industrie, rejoint Degas derrière le chevalet pour peindre sans relâche. Grand admirateur de Corot, Millet, Manet, Henri est néanmoins impressionniste. Refusant la notoriété, il n’expose qu’aux côtés de ses amis impressionnistes dont il est le mécène, finançant dès 1874 le Salon des Refusés. Passionnément, Henri achète des œuvres, forme une collection inouïe qu’il ouvre tous les vendredis au public. Signac écrit en 1898 : « Il n’y a plus une place vide. C’est une profusion de merveilles… J’en ai tant vu que j’en sors ahuri ». Parmi quelque 900 œuvres, on trouve des dizaines de Millet, Corot, Daumier, Courbet, Théodore Rousseau, Breughel, Vélasquez, Greco, Goya… et les amis, Degas, Renoir, Gauguin, Cézanne, Manet… sans compter la bande des impressionnistes dont tout le monde se moque encore, de Monet… à Berthe Morisot et Mary Cassatt. « Autant d’œuvres accrochées à touche-touche sur trois étages, y compris dans les cages d’escalier », écrit David Haziot. Peintre figuratif d’une grande sensibilité, Henri Rouart privilégie l’expression de la nature et rend avec bonheur ses élégantes harmonies dont témoignet à Rueil Arbres au crépuscule, Nature morte aux géraniums ou L’Étang du domaine de l’Hermitage…

Ernest
Troisième fils d’Henri, Ernest arrive au seuil de Polytechnique et tourne le dos pour entrer en peinture. Son père demande à Degas d’être son mentor. Ernest sera son unique élève, façonné par ce maître autoritaire qui en fait son fils spirituel.  Autoportrait, le montre frontal, l’air résolu. Proche de Renoir, sa touche mousseuse fait merveille dans ses pastels de Nus généreux (Femme de dos). Mêlant savamment les techniques, il émane une grande douceur de ses vues de la propriété familiale (Le Jardin de la Queue-en-Brie) comme de ses délicats portraits de sa femme (Julie peignant), ou encore de l’ami Paul Valéry. « Dans cette famille qui peut se caractériser par l’odeur de l’essence de térébenthine, observe avec amusement Jean-Marie Rouart, chaque génération a vécu dans “ l’infusion “ des écrivains et des musiciens admirables, habitués des lieux ». AugustinAugustin Rouart ne subira pas l’influence de Degas. Proche de l’esprit de Maurice Denis et de Gauguin dans certaines toiles, Lagrimas y penas, (1943), son art distancié s’intéresse à la plastique des années 30. Mais sa quête de vérité le tient à l’écart de tous les courants picturaux. Il s’immerge dans la nature à Noirmoutier, dans le Béarn… « Sa peinture règne sur des rêves », confie son fils Jean-Marie. Le réalisme subtil du dessin laisse affleurer d’autres mondes, évoqués par des transparences cristallines (Le Petit Pêcheur), un « réalisme magique » est à l’œuvre. Flûtiste, il construit des harmoniques intenses et douces (Mimosa), introduisant un sentiment d’intériorité propre aux « vies silencieuses ». Les racines du peintre se revendiquent du côté de Dürer, Holbein et des primitifs italiens. Le bleu, fil conducteur et spirituel, relie ses tableaux comme l’élégant Autoportrait au pinceau ou encore, Maisons dans les marais salants à la recherche des ciels de Giotto. Cent ans d’épopée haute en couleur ont créé la légende des Rouart. Le dernier mot à l’académicien : « Il y a eu un climat affectif qui a fait que cette famille a transmis des valeurs de l’art extrêmement fascinantes ». 

Alix Saint-Martin

Infos pratiques

Les Rouart. Atelier Grognard, Rueil-Malmaison, de 13 h 30 à 18 h (sauf le mardi). Tarifs : 6 € / 4 € (gratuit -18 ans et étudiants). Visites guidées les samedis à 15 h (tarif : 13 €). www.mairie-rueilmalmaison.fr

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