Au Musée Albert-Kahn, Festival Allers-Retours Juin 2016

Expositions

Au Musée Albert-Kahn, les patrimoines vivants au coeur du Festival Allers-Retours

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Pour la 4e édition de son festival Allers-Retours, le musée départemental Albert-Kahn explore la diversité et la richesse des traditions orales, chants, danses, rituels, ou savoir-faire en France et dans le monde.

Dans le droit fil de la collection d’autochromes des Archives de la Planète constitué par les opérateurs d’Albert Kahn, l’exposition Sortez des clichés ! Regard sur des patrimoines vivants se présente comme « une enquête photographique à la croisée de différents regards ». Celui organique et fondamental des communautés sur leur propre culture d’abord, celui savant et officiel de l’Unesco, défini en 2003 par la convention internationale de protection du « Patrimoine culturel immatériel », et celui des photographes, factuel ou subjectif, frontal ou artistique.

« Cette démarche répond à une demande de rencontre », explique Valérie Perlès, directrice du musée Albert-Kahn, qui a initié l’exposition. Le musée départemental, adhérent de la Fédération des écomusées et musées de société, œuvre en effet pour la valorisation de ce type de patrimoine en France. C’est ainsi que les reportages de Jean-Christophe Bardot et Olivier Pasquiers ont été coordonnés par Albert-Kahn et les musées de société avec un accompagnement sur le terrain par une ethnologue. Les deux photographes ont ensuite saisi ces réalités patrimoniales avec leur propre ressenti.

Singularités culturelles
Des sujets aussi diversifiés que le carnaval de Dunkerque, un des marqueurs de l’identité nordiste ou la pratique des paludiers de Guérande et de l’île de Ré, le rituel des courses landaises, le savoir-faire qui préside à la fabrication du pommé en Bretagne, ou celui de « la confrérie de la corporation des tisserands » à Charlieu,  ou encore la pêche en Dombes… ont fait l’objet de rencontres approfondies entre photographes et communautés concernées. Les singularités culturelles décrites à travers les reportages de Jean-Christophe Bardot et Olivier Pasquiers sont portées par ces populations. Les reportages sur les fêtes, tout comme sur les différents savoir-faire se situent entre « documentation scientifique et écriture sensible », note Valérie Perlès. La démarche photographique adoptée fait apparaître « le rôle identitaire, économique, festif et social de la pratique, son apprentissage et sa transmission ». Cette première partie de l’exposition comprend aussi un reportage « Ganesh à Paris » guidé par l’ethnologue Frédérique Pagani. Il montre comment cette fête religieuse permet à une diaspora de retrouver son identité en célébrant avec dynamisme les rites liés à la fête du dieu Ganesh.

Insularité
La seconde partie de l’exposition prolonge le voyage hors de France, au cœur de territoires dont le dénominateur commun est l’insularité. La démarche personnelle de quatre photographes est à l’origine de ces reportages. Partis à la rencontre des populations, chacun d’entre eux a vécu sur place, avec les habitants et « l’esprit des lieux ». La photographie rend ainsi compte de traditions vivantes, transmises et actualisées par un souffle contemporain que ce soit à Kihnu, île estonienne du golfe de Riga, à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), ou encore, à vingt ans de distance, sur l’île italienne de Procida en face de Naples…Jérémie Jung est  ainsi allé vivre sur l’île de Kihnu (à une heure de la côte dans le golfe de Riga). Les hommes y sont marins pêcheurs et l’identité originale de l’île est apportée par les femmes. Une « exception culturelle en Europe » classée en 2008 au Patrimoine mondial immatériel de l’humanité. En 1991, lors de l’indépendance de l’Estonie, l’instauration d’une frontière arbitraire a renforcé ce besoin de traditions identitaires chez les Setos, à contre-courant de la modernité de leur pays, l’Estonie. De fait, les femmes sont les gardiennes de la culture ancestrale qu’elles transmettent au quotidien. Ainsi la langue utilisée sur l’île est un dialecte que seuls connaissent les membres de la communauté, de même de l’ensemble de règles qui régit la vie des Setos. Il en découle une certaine façon de penser, un mode de vie et d’éducation. Les enfants suivent tous l’enseignement de la musique (violon, chant), les femmes et les petites filles portent en permanence des jupes tissées à grandes rayures dont les couleurs changent en fonction de l’âge et des événements ; les célébrations mêlent les croyances locales, la religion orthodoxe, la musique et le chant. En Guadeloupe, Nicola Lo Calzo s’est concentré sur le processus de reconstruction de la mémoire de l’esclavage, initié par un groupe de masques ou « mas » au sein du carnaval officiel de Pointe-à-Pitre. Issu des milieux indépendantistes des années 70-80, le groupe s’est constitué en réaction à un carnaval qu’il jugeait trop policé. Ces dernières années, les « mas » ont construit un vocabulaire, issu de références animistes, amérindiennes, africaines, et revisitées par l’imaginaire. Les groupes de mas font irruption dans le carnaval sur un mode « guerrier », le corps couvert de peintures tribales en référence à leurs racines. Les mas sont devenus l’événement du carnaval…Alain Volut, sur l’île de Procida faisant face à Naples, a photographié dans les années 90 les préparatifs de la procession du Vendredi Saint. Cet événement est le cœur de la vie collective des habitants de tous âges et soude la communauté autour d’une réappropriation locale de la Passion du Christ. Après les longs préparatifs nécessités par cette représentation le Vendredi Saint est revécu sur un mode théâtral par la population costumée, dans les rues de la ville, envahie par les chars et les bannières, par la statue du Christ et les pénitents. Roberto Salomone a photographié vingt ans après cette cérémonie du Vendredi Saint à laquelle se sont incorporés une dénonciation de la violence contemporaine, celle de la Camorra représentée sur les chars même, et la présence au milieu de la population, de touristes. À Procida, deux regards différents portés sur le même événement, révèlent la permanence d’une tradition culturelle et son actualisation ; certains motifs sont récurrents, d’autres totalement nouveaux.
L’objectif de l’exposition est de rompre avec « une vision folkloriste et promotionnelle des événements décrits » en montrant que les traditions sont à la source même de l’identité des communautés. Ces dernières, transformées en acteurs majeurs, vivent leurs traditions et les transmettent. La photographie contemporaine s’inscrit ici dans le droit fil de la démarche d’Albert Kahn et de ses autochromes, permettant de découvrir les sursauts identitaires de différentes populations face au nivellement de la mondialisation. Un regard à la fois artistique et sociologique qui encourage la diversité. 

Alix Saint-Martin



Infos pratiques

Toutes les informations pratiques sont sur le site web du musée
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