Maria by Callas à La Seine Musicale

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Maria by Callas à La Seine Musicale

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Jusqu'au 14 décembre, la Seine Musicale déploie en grand format l’exposition "Maria by Callas", portrait intime d’une femme qui entrait il y a quarante ans dans ce pays où l’on ne vieillit plus et où les amours sont éternelles.

Pour sa première exposition, La Seine Musicale créait l'événement de cette rentrée en rendant hommage à la cantatrice Maria Callas, à l'occasion du quarantième anniversaire de sa disparition (16 septembre 1977). Présentée par le Département des Hauts-de-Seine, Maria by Callas place la légende de l'opéra au cœur de l'exposition à travers un parcours sensible et intime de 800 m2 rythmé par de nombreuses archives inédites.

Le commissaire d'exposition
Photographe, réalisateur, Tom Volf est de ces convertis qui n’ont approché l’objet de leur dévotion que par ouï-dire : leur ferveur n’en est que plus ardente. Pendant quatre ans, lui qui est né une décennie après la mort de la diva assoluta, il a rencontré ceux qui l’ont connue et en ont conservé des fragments de vie. Des plus célèbres aux inconnus : le chef d’orchestre Georges Prêtre, son âme sœur ; Nadia Stancioff, collaboratrice de Pasolini devenue l’amie ; Ferruccio son majordome, Bruna sa camériste. Le fond de documents sonores et visuels, souvent inédits, qu’il a réuni pour Maria by Callas a pris des proportions déraisonnables, à la mesure de sa passion. Un film présenté à Cannes, trois livres dont un – lui aussi déraisonnable – paru aux éditions Assouline, et cette exposition qui en est la vitrine grand public la plus abordable.

La musique incarnée
Écouter Maria Callas sans la regarder chanter, c’est perdre un peu de la magie de celle que le chef d’orchestre Leonard Bernstein considérait comme « la bible de l’opéra ». Parce qu’elle fut sans doute la première à incarner ses rôles, à les laisser se fondre en elle jusqu’à la possession. La première de l’âge moderne s’entend, on ne saura rien de ses illustres ancêtres, à commencer par la Malibran, au XIXe siècle de Rossini et Bellini, dont on dit que la voix de soprano était habitée des mêmes sortilèges que la sienne : un timbre singulier, des harmoniques capiteuses, un registre – des graves de la mezzo aux suraigus de la colorature – à couper le souffle à nombre de ses héritières. Certes douée, Anna Maria Sofia Cecilia Kalogeropoulos, petite fille boulotte et myope née à New York dans une famille grecque, travailla comme jamais diva n’aura travaillé pour se constituer cette voix unique, tellement riche qu’il faudrait être plusieurs pour chanter comme elle. Mais incarner, c’est autre chose, c’est prendre le rôle dans sa chair. Il lui faudra forger son corps comme elle avait forgé sa voix, pour transformer la Walkyrie pesante en beauté grecque au geste de statue. Pas seulement la beauté hiératique fardée au khôl de ses personnages, ni celle méprisante de la femme harcelée, mais cette beauté intensément séductrice saisie au naturel sur certaines images : la fragilité affleure derrière le sourire félin et l’œil de lave, et l’on comprend pourquoi l’on succomberait.

La femme éternelle
On sait bien que les compositeurs comme le public aiment que les histoires d’amour finissent mal. Avec Maria Callas – la chanteuse comme la femme – l’ogre people à l’affût en chacun de nous est comblé ! Ses plus beaux rôles sont ceux de figures sacrifiées, par l’autorité, le pouvoir, la violence des hommes ou le poids de la tradition. Mis en scène par des amants impossibles qui n’aimaient pas tellement les femmes : Luchino Visconti à l’opéra – pour lui, Callas sort papillon de nuit de la chrysalide de son corps presque obèse ; puis l’assistant du maître, Franco Zeffirelli, pour ses derniers rôles sur scène ; Pier Paolo Pasolini lui offre au cinéma son seul rôle d’actrice, Médée, meurtrière mythologique de ses propres enfants, cadeau empoisonné pour une femme qui n’en aura pas. Si l’on pouvait recueillir les témoignages de tous les fantômes de l’opéra qui sont descendus dans le corps de la Callas pour nous faire entendre ce que sont l’amour, la beauté et la mort… Norma, la prêtresse druidique, serait celle qui en parlerait le mieux, montée au bûcher pour avoir oublié la ligne de partage entre le domaine des dieux et celui des hommes. Il en est de même avec Maria Callas, femme mariée à un industriel devenu son impresario, succombant à la fascination d’Aristote Onassis pour tout ce qui brille et les femmes plus encore. Callas en casta diva grecque, Onassis en marchand phénicien…
Floria Tosca pourrait également nous éclairer sur ce couple de la légende dorée du XXe siècle : il est pour elle à la fois Cavaradossi l’amant enflammé et Scarpia le manipulateur brutal. Leur amour aurait semble-t-il duré au-delà de la rupture fracassante, quand Onassis la jette – à peine symboliquement – par-dessus le bastingage de son yacht pour séduire Jackie Kennedy, qui lui ressemblait un peu. On dit qu’après le mariage avec celle que Callas appelait « la veuve », les rôles d’amant et de maîtresse s’échangèrent jusqu’à la mort de l’armateur à Neuilly en 1975. Recluse avec ses caniches dans son appartement du XVIe arrondissement, Maria Callas lui survivra deux ans. Sa voix l’avait quittée, les hommes n’étaient maintenant que des ombres portées sur les tentures, ne restait plus à son corps que de suivre le même chemin, le 16 septembre 1977. Elle avait 53 ans, elle devenait éternelle.
Didier Lamare

Infos pratiques

La Seine Musicale (Grand salon) Île Seguin 92100 Boulogne Billancourt T. 01 74 34 54 00 
www.laseinemusicale.com

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