Vlaminck, rétrospective à l'atelier Grognard

Expositions

Rétrospective Vlaminck à Rueil-Malmaison

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À Rueil, l’atelier Grognard propose une rare rétrospective d’un peintre à la palette bien plus large que le fauvisme qui l’a rendu célèbre… Du 30 janvier au 25 mai.

Violoniste de métier, Maurice de Vlaminck est au tournant du XXe siècle coureur cycliste, boxeur, journaliste anarchiste pour Le Libertaire… Et il peint ! Rebelle à tout enseignement, ce « grand gaillard exubérant » écrira dans ses mémoires : « Je traduisais d’instinct… livrant une vérité non pas artistique mais humaine. »

En 1900, son destin pictural rencontre celui d’André Derain, lors du déraillement d’un train de banlieue. « Sans ce providentiel accident, l’idée ne me serait jamais venue de faire de la peinture mon métier », écrira-t-il. Dès le lendemain, liés par une même passion créatrice, les deux artistes anticonformistes louent un atelier au pont de Chatou. L’époque est au néo-impressionnisme qui séduit Derain jusqu’en 1904. Pour Vlaminck, la rétrospective Van Gogh de 1901 a agi comme un révélateur. Parce qu’en peinture on est toujours le fils de quelqu’un, l’artiste écrit : « Ce jour-là, j’aimais mieux Van Gogh que mon père. » La liberté de la touche de son aîné, sa palette exacerbée, tout parle au cœur et à la nature expressive de Vlaminck. C’est alors que Matisse découvre cet artiste qui boxe la couleur poussée au paroxysme, la jette sur la toile en cris stridents ou en sinuosités aériennes cernées de noir. Matisse l’encourage à exposer dans les Salons novateurs parisiens.

Incendie pictural
C’est en 1905, au Salon des Indépendants, que Vlaminck accroche cinq toiles aux côtés de Matisse, Derain, Manguin, Marquet... Exit la palette claire et nuancée des impressionnistes… Dans la salle VII, c’est une débauche de couleurs, « la cage aux fauves », se moque un critique. L’appellation fait école, Matisse en est le chef de file et Vlaminck-Derain les hérauts. En renonçant à un art imitatif, en construisant la toile par les couleurs arbitrairement posées, par aplats, sans ombres, les fauves stupéfient. Le plus virulent, c’est Vlaminck qui sort cobalt et vermillon des tubes directement sur la toile. Sa pâte est riche, sa peinture gestuelle, ses compositions mouvementées et audacieuses (Les Ramasseurs de pommes de terre, 1905 ; Les Coteaux de Rueil, 1906). Entre 1905 et 1907, « les fauves » partent se confronter à la lumière du Midi. Depuis Collioure, Derain exhorte son ami à le rejoindre. Ressources trop modestes et passion pour les horizons de son enfance, conduisent Vlaminck qui s’est installé à Rueil depuis 1902 - à peindre les paysages de Chatou, Bougival, Nanterre, Argenteuil… Toute la vallée de la Seine s’embrase sous sa brosse (Les Arbres rouges, 1906 ; La Seine à Carrières, 1906), de même pour les natures mortes (Nature morte au compotier, 1905). Il note : « Je haussais les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles... » En 1906, le marchand d’art Ambroise Vollard achète toutes les toiles de Vlaminck et lui suggère d’élargir sa création à la céramique. De 1906 à 1910, auprès du faïencier André Metthey, à Asnières, le peintre décore trois cents céramiques de motifs animaliers, floraux, géométriques. En 1907, l’expérience radicale du fauvisme s’essouffle. « Cela devient de la teinturerie ! », s’exclame Derain et Vlaminck confirme : « Le jeu de la couleur pure, orchestration outrancière dans laquelle je m’étais lancé à corps perdu, ne me contentait plus… » Aussi bref et novateur qu’intense, le mouvement fauviste rejoint historiquement l’expressionnisme européen (Die Brücke). C’est aux avant-postes que Vlaminck aura vécu cet incendie pictural.

Paysagiste et témoin
En 1907, Picasso expose à Paris, en juillet, Les Demoiselles d’Avignon, tableau révolutionnaire. À l’automne, l’hommage à Cézanne dévoile ses ultimes Baigneuses. Une autre manière de voir et concevoir la peinture est née. Comme ses amis, Vlaminck se plie à la discipline cézanienne. Il synthétise les formes géométriques, contient sa gestuelle, adopte les bleus-verts du maître d’Aix. Mais il n’entre pas dans le vif du cubisme comme Braque, Picasso et Juan Gris qui déconstruisent visuellement le sujet pour le reconstruire mentalement. Entre 1909 et 1919, Vlaminck expérimente sa vision « cubiste » du portrait (Autoportrait, 1911), du paysage et des objets (Bougival, vers 1911 ; Nature morte au couteau, 1910) ou encore instrumentalise le cubisme pour dénoncer la guerre (Puteaux, 1915). En 1913, Kahnweiler, le marchand d’art des peintres cubistes, lui signe un contrat d’exclusivité pour deux ans. « Vlaminck ne veut pas être influencé par les débats autour de l’art…, explique Véronique Alemany, commissaire de l’exposition, de l’atelier Grognard. Il demeure impulsif, émotif, affectif… il est le grand paysagiste qui livre un dernier témoignage de ce qu’était la campagne française au milieu du XXe siècle ».
À partir de 1919, Vlaminck se retire en effet à Valmondois, Auvers-sur-Oise, puis en 1925 à Rueil-la-Gadelière où il résidera jusqu’à sa mort en 1958. Dans une nature préservée qui représente pour lui « la vérité du monde », l’ancien fauve retrouve sa vigueur expressive et renoue avec la matière. En revanche, il adopte des formes classiques, des tons austères, des contrastes violents. Ses ciels, proches de ceux de Ruysdael, sont tourmentés, le clair-obscur dramatise les scènes de nuit et de neige. La critique parisienne lui reproche l’abandon de sa posture avant-gardiste, l’absence d’enjeu intellectuel, la répétition des motifs. Son ami Maurice Genevoix apprécie la force lyrique et sincère de ses transcriptions de la nature. Dans les toiles des années 30 demeure le souvenir de la lumière et de la couleur, Chênes dans la forêt de Senonches et Meules en hiver (1937-38). Vlaminck reçoit le 2e prix de l’exposition internationale Carnegie de Pittsburgh. Après l’éclipse des années 40, son œuvre retrouve le chemin des galeries. Vlaminck apparaît aujourd’hui comme un paysagiste sincère, fidèle à son instinct naturaliste et à son expressivité fougueuse : « Je n’ai jamais triché avec la peinture… J’ai été Fauve; paraît-il, cézannien ; tout ce que l’on voudra, j’y consens, si j’ai d’abord été Vlaminck ! »

Alix Saint-Martin

Infos pratiques

Atelier Grognard, 6 avenue du Château de Malmaison. Tous les jours de 13 h 30 à 18h. 01 41 39 06 96 et www.mairie-rueilmalmaison.fr

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