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Lauréat 2016

Thierry Lentz :« Joseph est le seul libéral de la famille Bonaparte »

Thierry Lentz - CP/CD92,

Lauréat du Prix Chateaubriand, Thierry Lentz, le directeur de la Fondation Napoléon a consacré son dernier livre à Joseph Bonaparte, frère méconnu mais influent de l’Empereur.

Créé en 1987 par le conseil départemental, propriétaire de la maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry, le Prix Chateaubriand récompense une œuvre de recherche historique ou d’histoire littéraire en lien avec les centres d’intérêt de l’écrivain romantique. .

Joseph Bonaparte était le frère aîné de Napoléon. En quoi leurs destins sont-ils liés ?
Leur relation est très particulière : ils se disputent beaucoup mais ne rompent jamais. Au fond, Joseph est le véritable frère de Napoléon car ils ont grandi ensemble, les autres étant nés longtemps après eux. Pendant leur jeunesse, c’est lui qui va être le vrai chef de famille, qui aide son frère, qui obtient les postes les plus importants, avant que les rôles ne s’inversent. Mais même au pouvoir, Joseph a continué à jouer ce rôle d’aîné auprès de Napoléon : il est le seul à tenir tête à son frère et a même combattu certains de ses projets.

Joseph apparaît comme un homme raisonnable, calme, à l’inverse de son frère, beaucoup plus impétueux…
C’est hors de la politique que la personnalité de Joseph Bonaparte rejaillit : c’est un homme d’affaires très habile qui sait négocier et séduire. Il a réussi un beau mariage avec Julie Clary, issue de la plus riche famille de Marseille, mais multiplie les maîtresses et les enfants illégitimes. Il a pris la Révolution comme un moyen de se construire une carrière solide avec des réseaux qu’il saura garder toute sa vie. Il ne pense qu’à la chasse, se promener, nager – ce qui était très rare à l’époque - adore recevoir ses amis qui sont parfois des ennemis de son frère. C’était en fait le seul libéral de la famille.

Joseph a été deux fois roi : roi de Naples puis roi d’Espagne. Comment se sont conclus ces règnes ?
Joseph est peut-être le plus italien des Bonaparte. Il a fait ses études à Pise, a vécu à Gênes, parle italien. L’idée a donc toujours été évidente de lui confier ce trône. Pendant deux ans, il réussit très bien là-bas car il va travailler beaucoup, il se mélange à la foule, met en place des institutions durables. Quand Napoléon l’appelle en Espagne, ce royaume était considéré comme l’un des plus prestigieux. En arrivant là-bas, il comprend que ça ne peut pas fonctionner : le peuple se soulève, il est mal accueilli. Il ne gouverne rien d’autre que Madrid et sa région. De plus, Napoléon lui met des bâtons dans les roues. Son frère ne l’aura pas aidé et Joseph ne se sera jamais vraiment accroché à ce trône non plus.

Après l’abdication de Napoléon, Joseph partira aux États-Unis, où il restera près de vingt-cinq ans. Quelle était sa vie là-bas
?
Pour lui, les États-Unis étaient le plus beau pays du monde. Il avait déjà préparé son départ en achetant des années auparavant des terres. Là-bas, il voyage beaucoup, sillonne le pays, aide les paysans, fait visiter sa fondation de peinture et prête ses œuvres aux expositions. Il va créer une société de gentlemen farmers richissimes et accueillir tous les penseurs des États-Unis, jusqu’à prendre une certaine importance dans la région de Philadelphie. Une partie de son mobilier est d’ailleurs encore à la Maison Blanche aujourd’hui. Il y a finalement vécu la vie pour laquelle il était le plus fait : vivre avec faste et générosité.Propos recueillis par

Propos recueillis par MĂ©lanie Le Beller







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Le parti huguenot, chronique d’une désillusion 1557 – 1572, aux éditions Droz. Remise du Prix à l'Institut de France 23, quai de Conti - Paris 6e  (Complet)

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