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La maison-atelier Van Doesburg : un exercice de stijl

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Construite entre 1929 et 1930, la maison-atelier de Theo van Doesburg à Meudon témoigne de l’ordre géométrique radical du mouvement De Stijl. Une maison-manifeste qui s’ouvre au public à l’occasion des Journées du Patrimoine.

Dans le quartier du Val-Fleury à Meudon, au n°29 de la rue Charles-Infroit, en retrait de la route, une construction cubique s’insère sur une étroite bande de terrain : la maison-atelier Van Doesburg !Plein sud, trois façades blanches et carrées se profilent l’une derrière l’autre : tout d’abord celle d’un petit cube posé sur le gazon qui synthétise l’esprit des lieux. Aussitôt derrière, un grand carré blanc s’interpose, tel un écran de cinéma : c’est en fait un mur qui masque l’escalier menant à la porte d’entrée au premier étage. Enfin, un immense quadrilatère blanc, la maison-atelier, se développe dans l’espace comme la toile du peintre se place dans la continuité du ciel et de l’air. Un toit-terrasse couronne le cube, côté sud – garage et habitation - et sert de passerelle pour entrer dans le cube, côté nord – l’atelier - posé sur pilotis en lisière du jardin. Les lignes orthogonales formées par les ouvertures asymétriques des portes et des  fenêtres découpent géométriquement le blanc de la façade. Chacune des trois couleurs primaires anime un étage de la façade en s’appliquant à une porte : jaune pour le rideau de garage, bleue pour la porte d’entrée au premier, rouge pour la porte du toit terrasse. Ne dirait-on pas une toile de Mondrian ?

NĂ©oplasticisme

Dernier geste architectural de Theo van Doesburg, décédé quelques semaines après s’être installé avec son épouse Nelly à Meudon, la maison-atelier est une œuvre en soi. Elle est la synthèse des deux projets de l’artiste restés à l’état de « modèles théoriques » : la Maison d’artiste et la Maison particulière. Brillant théoricien de l’art, Van Doesburg est peintre, architecte, designer, céramiste, écrivain…, proche de l’esprit du Bauhaus, un mouvement d’avant-garde de l’entre-deux-guerres. En 1924 et en 1930, dans ses écrits intitulés Vers une architecture plastique, Van Doesburg précise ainsi sa vision de l’art moderne : « L’architecture est l’expression la plus parfaite des arts parce qu’elle est le seul domaine permettant la mise en œuvre simultanée et globale de tous les moyens de création plastique ». À Meudon, malgré le manque de moyens, il réussit à inscrire dans l’espace de sa maison-atelier l’essentiel des principes théoriques du néoplasticisme. Figure emblématique, avec Piet Mondrian, du mouvement De Stijl, Van Doesburg fonde la même année, en 1917, la revue du même nom qui en diffuse les idées. L’influence du néoplasticisme s’étend rapidement à l’art contemporain pendant l’entre-deux-guerres et à l’architecture internationale de la seconde moitié du XXe siècle. 

Le style

L’impératif de De Stijl : simplifier les formes. Et en premier lieu, bannir les courbes… L’architecte se sert de la couleur comme d’un matériau de construction et réduit son emploi aux trois tons primaires (bleu, jaune, rouge), aux deux valeurs (noir, blanc) et à la nuance qui en découle (gris). Épris de cubisme, Van Doesburg dessine sa maison et son atelier : « deux cubes identiques de 44m2, décalés d’un étage, s’emboîtant en diagonale » (côté rue par le toit-terrasse, côté jardin par la terrasse de plain-pied). Le décor est sobre : rares chaises Result de Friso Kramer, bureau fixe en béton brut dessiné par Theo, lampadaire de Gerrit Rietveld, fauteuils scandinaves…. Ici, l’élément essentiel est la lumière. Deux immenses verrières, rigoureusement symétriques, rythment par leurs lignes noires et verticales l’afflux de lumière blanche. Quant au matériau, c’est le béton qui triomphe : structure en béton armé, sol en béton teinté dans la masse, tables-bureaux en béton brut, ancrées au sol… Faisant exception au « tout-béton », les murs de la maison sont en solomite (mot russe signifiant « paille »), un matériau de construction isolant. Toutes les parois sont peintes d’une « non couleur », un blanc gris pâle dont la neutralité vise à renforcer la cohésion de l’architecture. La circulation intérieure est, elle, déterminée par le code couleur du sol et par les parois qui pivotent.

Codes couleur

Soulignant l’axe central qui conduit de la porte d’entrée de la maison à l’atelier, le sol en béton gris-noir met en valeur les œuvres d’art exposées dans l’atelier. De part et d’autre de cette colonne vertébrale, le béton ocre-jaune éclaire le sol de la chamber, le béton ocre-rouge vient réchauffer le sol de la salle de musique et celui du bureau-bibliothèque dépourvu de fenêtre. Quant aux espaces, ils s’ouvrent les uns aux autres par des battants qui pivotent, tantôt portes, tantôt murs, permettant « la répartition transversale de l’étage habitation-atelier ». Au plafond du bureau-bibliothèque, un puits de lumière éclaire subtilement la pièce à travers un vitrail de Theo qui pourrait évoquer l’une de ses toiles, ou la couverture d’un livre, ou la façade de la maison… composées selon les mêmes codes esthétiques : pas de décoration, toujours de l’architecture !

Alix Saint-Martin

En savoir plus

Ouvert au public tous les premiers samedis du mois, de 14 h à 17 h, visites guidées organisées pour les Journées du Patrimoine et toute l’année sur rendez-vous au 01.45.34.15.89). www.vandoesburghuis.com    info@vandoesburghuis.com

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