Patrimoine

Reportage

A Meudon, l'autre musée Rodin

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Site hors du temps, la villa des Brillants est désormais ouverte au public toute l’année. Plus qu’un musée, l’ancienne demeure du sculpteur est encore pleine de sa présence.

Situé sur les hauteurs de Meudon, le musée Rodin ne laisse pas de surprendre par l’étrange charme qui en émane. Lorsque le visiteur franchit les grilles et s’engage dans l’allée des marronniers, il aperçoit la villa en pierres et briques rouges, surmontée d’un haut toit d’ardoises. Tout autour, un parc de trois hectares domine magnifiquement le paysage vallonné et la Seine et l’on peut aisément imaginer Rodin, en 1893, attiré par l’affiche « à louer » placardée sur le flanc de la maison de style Louis-XIII. Aussitôt le sculpteur et sa compagne Rose Beuret s’installent aux Brillants, Rodin a 53 ans et achètera la villa en 1895. Au rez-de-chaussée le décor n’a pas changé avec son minuscule salon et sa vaste salle-à-manger que Rodin avait décorée d’une toile de son ami sculpteur et peintre, Alexandre Falguière.

Rodin adjoint rapidement à la villa une véranda et un grand « atelier salon » où travailleront ses meilleurs élèves et chefs d’atelier. Dans le bas du terrain, il fait construire un enclos - aujourd’hui disparu - comprenant des ateliers et une petite maison à fronton triangulaire qu’habitera, de 1905 à 1906, le plus célèbre de ses secrétaires, le poète autrichien Rainer Maria Rilke. C’est dans le parc peuplé de sculptures antiques, au milieu des animaux (guenon, chiens, cygnes), que Rodin reçoit non seulement ses amis mais également une foule de modèles, élèves, admiratrices, commanditaires, marchands d’art et également d’illustres visiteurs : en 1908, Edouard VII, roi d’Angleterre et en 1916, Raymond Poincaré, président de la République. En haut du coteau, on découvrira un grand bâtiment, provisoirement fermé, « le musée des Antiques » que Rodin fit ériger pour regrouper sa magnifique collection d’œuvres grecques, égyptiennes, asiatiques, médiévales…, ses sources constantes de réflexion, d’inspiration et d’émerveillement.

Phalanstère artistique

À l’image des grands artistes de la Renaissance, Rodin est l’un des derniers sculpteurs à réunir autour de lui « un atelier ». Il faut imaginer qu’en 1900, le site accueillait quotidiennement une cinquantaine de personnes (ouvriers, metteurs au point, tailleurs, mouleurs) qui œuvraient dans les ateliers aujourd’hui disparus. L’habileté des mouleurs se devait d’être exceptionnelle, que ce soit pour les empreintes ou pour tirer des épreuves en plâtre à partir de chaque œuvre sortie des mains de Rodin. « Ici sont conservés tous les moules réalisés du vivant de l’artiste et toutes les étapes du travail pour chacune des œuvres », explique Catherine Chevillot, directeur des deux musées Rodin. Rodin les exposait dans une sorte d’immense cathédrale de pierre et de verre, « le pavillon de l’Alma », qu’il avait acheté et fait remonter peu après l’Exposition universelle de 1900 à Paris, ses œuvres ayant rencontré un succès international. Peu après sa mort, le pavillon, délabré et exigu, sera détruit mais reconstruit dans le même esprit, en contrebas de la maison. Il est aujourd’hui le lieu d’exposition du musée. En 1910, Rodin procèdera à une ultime construction sur le site, en faisant ériger à l’ouest du parc, le fronton et les colonnes du château d’Issy qu’il sauve ainsi de la démolition. Devant cette imposante façade qui fonctionne comme un rideau de théâtre, Rodin place l’immense bronze de son Penseur qui méditera pour l’éternité au-dessus de sa tombe et de celle de Rose Beuret, épousée un mois avant sa mort en février 1917.

L’autre trésor de Meudon

« Meudon détient aujourd’hui le fonds d’atelier de Rodin qui comprend l’ensemble des esquisses, études, maquettes, variantes, modèles originaux, en majorité des plâtres, que l’artiste offrit à l’Etat français en 1916, souligne Catherine Chevillot. Les réserves contiennent plus de 6000 œuvres à l’inventaire ! » Le caractère exceptionnel du musée de Meudon tient aussi au matériau, le plâtre, si modeste mais ô combien précieux et émouvant car porteur du seul témoignage du geste originel de Rodin. En effet, si les plâtres ne sont pas la finalité recherchée car ils précèdent un bronze, confié à un fondeur, ou un marbre taillé par des praticiens sculpteurs, ils sont la genèse de l’œuvre ! Pour les marbres, Rodin s’était d’ailleurs entouré des meilleurs artistes, Bourdelle, Despiau, Pompon, ceux dont les noms sont passés à la postérité. Dans la lumière naturelle des grandes verrières de la salle des plâtres, le visiteur découvre aujourd’hui l’acte créateur, les célèbres figures de plâtre qui se pressent tels les fantômes expressifs de Balzac, Hugo, Dante, L’Homme sans tête, L’Âge d’airain, Le Penseur… Autant de nus qui laissent percevoir l’âme, puis les mêmes, habillés, tels Pierre de Wissant, Jean d’Aire… poignants Bourgeois de Calais qui jouxtent les ébauches, assemblages et fragments de la Porte de l’Enfer…

Creuset du grand œuvre de Rodin, la villa des Brillants demeure ce lieu à la fois intime et puissant, singulier à bien des égards, hors de la standardisation muséale, où la présence du génial modeleur est encore palpable.

Alix Saint-Martin

En savoir plus

www.musee-rodin.fr

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