Patrimoine

Vallée-aux-Loups : Chateaubriand par Girodet

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Cet automne, une oeuvre majeure a fait son entrée dans les collections du musée de la Maison de Chateaubriand. Un tableau inédit, fruit de la rencontre entre deux géants du XIXe siècle.

Sources d’inspiration, goûts, esthétique, politique… Chateaubriand l’écrivain et Girodet le peintre ont beaucoup en commun. Ami et admirateur du talent du peintre, Chateaubriand fait à plusieurs reprises son éloge. Avec les Funérailles d’Atala (1808), ce portrait est l’oeuvre majeure de Girodet. Il devient rapidement la représentation la plus fameuse de l’écrivain qui y fait allusion dans ses Mémoires d’outre-tombe : « Girodet avait mis la dernière main à mon portrait. Il le fit noir comme j’étais alors ; mais il le remplit de son génie. »

Affinités électives
« Si ce tableau est aussi connu, c’est grâce à Chateaubriand lui-même, explique Sidonie Lemeux-Fraitot, docteur en histoire de l’art et spécialiste du peintre. Dans ses écrits il en parle comme du seul portrait qui existe de lui. Ce n’est pas vrai, mais c’est sans doute celui qu’il préfère. Girodet a compris son modèle, son état d’esprit, et une sympathie s’est développée entre eux. » On situe les séances de pose entre juillet et août 1808, quand une grave maladie contraint Chateaubriand à quitter la Vallée-aux-Loups pour Paris. Le portrait est exposé au Salon de 1810 sous le titre Un homme médite sur les ruines de Rome. Selon les mémoires de Chateaubriand, face à lui Napoléon se serait exclamé : « Il a l’air d’un conspirateur qui descend par la cheminée ».

Un modello de la main du maître
L’original du portrait le plus célèbre de l’écrivain est à Saint-Malo, son modello à la Vallée-aux-Loups. Un modello est un avant-projet très abouti présenté au commanditaire avant l’exécution du portrait final. C’est le cas de cette huile sur toile selon plusieurs spécialistes du peintre dont Sidonie Lemeux-Fraitot. Pour elle, le doute n’est pas permis pour plusieurs raisons : « La finesse de la peinture pour commencer, en particulier au niveau de la tête. On reconnait parfaitement le modèle sur ce tableau de petite taille. Ce tableau n’est pas totalement abouti pour Girodet, on voit encore les coups de pinceaux, mais tout est déjà en place, très bien peint, fait pour être accepté par le modèle. Il existe d’autres modelli de Girodet, celui du portrait de madame de Prony notamment, qui présentent le même caractère ‘‘d’inachèvement achevé’’ et qui ont le même format. »

L’oeuvre retrouve sa place
Ce tableau est d’autant plus exceptionnel que son rôle d’esquisse ne le destinait pas à être conservé. On connaît l’histoire de l’original remis à Chateaubriand, placé dans la chambre de son épouse, puis déposé chez Juliette Récamier avant d’être légué au musée de Saint-Malo selon la volonté de l’écrivain. Mais aucune trace du modello. « Nous savons seulement qu’il ne figure pas dans la vente après décès de Girodet dans laquelle est mentionnée une ébauche peinte dont la composition est proche du dessin préparatoire conservé. Parfois le modèle gardait son modello, compris dans le prix du portrait. »  Pour elle, le fait que ce tableau rejoigne la Maison de Chateaubriand est un très beau retour aux sources. « C’est le chef-d’oeuvre de ses portraits masculins. Ce tableau est une icône de la culture française, le visage de Chateaubriand apparaît presque plus net que sur le tableau final qui, victime de son succès, a subi des restaurations successives. C’est un peu comme si la peinture sortait de l’atelier de Girodet. Je suis ravie qu’elle reste en France, que cette image de Chateaubriand dans la nature revienne à la Vallée-aux-Loups. »

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