Patrimoine

La renaissance des maisons japonaises d’Albert-Kahn

Maison japonaise en cours de restauration - CD92/WL,

Ce patrimoine typique de la région de Tokyo a minutieusement été restauré dans les règles de l'art.

Depuis le mois de septembre, charpentiers japonais et français sont à pied d’œuvre au cœur du jardin Albert-Kahn. C’est ici, au milieu d’un paysage composé de végétal, que se joue la rénovation des maisons japonaises. Ces deux édifices, d’une superficie de 50 à 70 m2 chacun, auront été, en l’espace d’un an, totalement déconstruits puis reconstruits afin de remettre à neuf les pièces abîmées par le temps.

Objectif : redonner aux deux bâtisses leur aspect originel de 1910, date des plus anciens autochromes disponibles.
Il s’agit en effet de valoriser un patrimoine quasiment unique au monde. Ces deux « fabriques » ont été conçues selon l’architecture typique de la région du Kanto - celle de Tokyo - d’avant la Seconde Guerre mondiale. Or, au fil des guerres et des tremblements de terre, la plupart des maisons de ce type ont disparu, tant et si bien qu’il n’en existe presque plus, tant au Japon qu’en Europe. Les deux exemplaires du jardin Albert-Kahn sont donc des pièces extrêmement rares. « L’architecture est de très haute qualité avec des bois anciens et précieux. Les artisans de l’époque connaissaient bien leur métier », explique Jean-Sébastien Cluzel, architecte et archéologue, qui a supervisé l’étude du chantier. Celui-ci s’inscrit dans un programme plus vaste de rénovation d’Albert-Kahn musée et jardins par le Département. Les travaux prévoient notamment la construction d’un nouveau bâtiment conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma. L’objectif est de mieux accueillir le public et de valoriser les collections et les jardins, à commencer par l’étonnant Village japonais, dont la porte et le portique seront aussi rénovés. « En France, nous n’avons pas l’occasion de voir des maisons comme celles-ci. Au Japon, elles sont très mises en valeur », poursuit Agnès Latour, l’une des architectes du projet. Ces petits pavillons datent de l’époque Meiji, entre 1868 et 1912. Ils ont été importés à Boulogne par le banquier mécène Albert Kahn, passionné par la culture nippone. À l’origine couverts de chaume - comme le voulait la tradition au XIXe siècle - ils ont été montés dans leur pays d’origine, démontées pour le transport puis remontés dans le jardin par un charpentier et un maçon japonais.


Initiales AK
À l’initiative du Département, propriétaire du musée Albert-Kahn et de ses jardins, des équipes japonaises ont été dépêchées afin de restaurer la maison dans la plus stricte tradition nippone. Au mois de septembre, des ouvriers sont venus d’abord démonter une par une les pièces qui composent les édifices. Ceux-ci ont été construits selon le principe très japonais du « poteau-poutre », c’est-à-dire un assemblage sans clou ni vis. Les centaines de pièces (portes, façades, piliers…) ont été classées et examinées afin de repérer les parties abîmées. « C’est la technique japonaise : on ne change que le minimum », explique Jean-Sébastien Cluzel. Cette partie des travaux a été l’occasion de découvertes surprenantes. « Nous avons appris par exemple que la construction s’est faite en un bloc, spécialement pour Albert Kahn. » Sur certaines pièces, les initiales du banquier sont en effet inscrites. Sur d’autres morceaux de bois, on a même pu identifier le nom du charpentier, des fournisseurs, la taille des planches et même… celui de la montagne où a été scié le bois. Certaines essences ont d’ailleurs plus de deux cents ans. Enfin, des inscriptions sur les planches de bois, les chercheurs ont révélé que celles-ci avaient accosté au port du Havre. Toutes ces découvertes ont permis de commander les pièces à l’identique. Celles-ci sont arrivées au mois de janvier par bateau… exactement comme lors de leur construction il y a un peu plus de cent ans.

Patrimoine unique
Parallèlement à ces techniques traditionnelles, certains procédés plus modernes ont été intégrés. Les fondations, la partie la plus abîmée des maisons, sont remplacées par un sommier en béton dans lequel viennent s’encastrer les longrines, des poutres horizontales qui font le tour des maisons. Les pierres apparentes sont conservées mais les sols sont remis à niveau avec la création de caniveaux. Enfin, pour coller au plus près des autochromes du début du XXe siècle, un procédé de photographies en couleurs dont le musée Albert-Kahn possède l’une des collections les plus importantes au monde, les murs sont repeints en bleu, leur teinte d’origine. « En faisant nos recherches, c’est la couche de couleur la plus profonde que nous ayons trouvée. Cela peut paraître étonnant mais à l’époque, cette couleur se faisait au Japon dans certaines pièces, ce qui montre bien le degré d’érudition du maître charpentier sur l’architecture japonaise », constate Jean-Sébastien Cluzel.Pendant toute la durée des travaux, artsisans japonais et français ont travaillé ensemble. « Pour certaines étapes des travaux, la main d’œuvre française ne connaît pas l’architecture japonaise. Il nous fallait deux équipes qui puissent travailler chacune avec ses propres compétences. » Les travaux s’achèveront au mois de juillet.

Mélanie Le Beller



En savoir plus

A partir de décembre, visite du chantier de restauration uniquement sur rv : 01 55 19 28 accueilmak@hauts-de-seine.fr

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