Patrimoine

Le Japon au coeur de la rénovation du musée Albert Kahn

Maison du "village japonais". Propriété d'Albert Kahn, Boulogne, 1921. Autochrome d'Auguste Léon.,

Le pays du Soleil Levant, cher à Albert Kahn, occupe une belle place dans les collections du musée et dans le jardin.

Dans les Archives de la Planète rassemblées à l’initiative du banquier-mécène, le Japon apparaît sur les photographies en relief prises par Albert Dutertre en 1908, sur des films ainsi que sur plus de deux mille autochromes* collectés par Stéphane Passet en 1912 puis par Roger Dumas en 1926-1927. En 1938, Albert Kahn explique dans une interview à la revue France-Japon : « Je suis allé à deux reprises au Japon. J’aime tout particulièrement ce pays et c’est pour cela que j’ai voulu transposer ici, près de ma demeure, un coin de terre japonaise. Ma nature a de grandes affinités avec la sensibilité des Japonais et j’apprécie tellement le calme et la douceur de leur façon de vivre, c’est peut-être aussi pour retrouver cette atmosphère qui m’est familière que j’ai voulu vivre parmi les fleurs et les arbres du Japon. » En quête d’authenticité, il fait appel à des artistes nippons pour créer son jardin à la fin du XIXe siècle et il agrandit l’espace qui lui est dédié en 1908-1909. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une partie à laquelle fait écho un jardin japonais contemporain réalisé dans les années 1990.

Un héritage fragile
À l’époque d’Albert Kahn, plusieurs « fabriques » ornaient le jardin japonais. Une pagode (brûlée lors d’un incendie en 1953), une façade de temple, des toriis** et un sôrintô*** de sanctuaire rappelaient des sites sacrés sur l’emplacement de l’actuel jardin contemporain. Certains édifices sont parvenus jusqu’à nous dont deux maisons d’habitation en bois et en papier importées du Japon qui ont séjourné plus de cent ans dans le jardin. Des bâches posées sur leur toit assurent une étanchéité provisoire avant des travaux de restauration qui devraient commencer début 2015. Des recherches préalables à ces travaux tentent de mieux cerner leur parcours. La plus proche du musée date de l’époque Edo, début Meiji. Typique de la campagne de la région du Kantô, à la fois pavillon de thé et cabinet de travail, elle proviendrait de la résidence du baron Okuma Shigenobu, ami d’Albert Kahn et fondateur de l’université Waseda à Tokyo. Cet homme politique fut deux fois ministre, en 1898 et entre 1914 et 1918. La seconde maison semble plus récente et était probablement située dans une zone urbaine du Kantô. Elle se compose d’une entrée, d’un vestibule, de deux chambres et d’une cuisine. Le fourneau et l’évier de pure tradition japonaise sont des pièces remarquables. Rénover ces deux maisons implique un démontage complet puis un  ravail de restauration dans le respect des matériaux d'origine. Elles seront ensuite remontées pièce par pièce suivant les méthodes traditionnelles japonaises, avec des matériaux importés du Japon, par une dizaine d’artisans nippons représentant plus de quinze métiers.

Des projets inspirés

Dans les années qui viennent, la physionomie du site va se transformer. Avec un nouveau musée aux lignes épurées et une vaste opération de rénovation des bâtiments, le tout sans toucher ou presque au jardin. C’est en 2017 que le musée, conçu tel un origami par l’architecte japonais Kengo Kuma, va voir le jour. Synthèse entre l’Orient et l’Occident, ce projet offre une large place à la nature grâce à l’engawa, élément traditionnel de l’architecture japonaise réinterprété ici comme un lien entre le jardin et l’intérieur. Ce bâtiment offrira un écrin de choix aux autochromes et aux films des Archives de la Planète, lors d’expositions temporaires et permanentes. En 2017, le site, qui fait actuellement partie des dix lieux les plus visités d’Île-de-France en dehors de Paris, disposerad’un auditorium, d’un espace pédagogique, d'un centre de documentation, d’un restaurant et d’un salon de thé.Le musée et le jardin resteront ouverts pendant les travaux. En attendant de découvrir les nouveaux aménagements, prenez le temps d’une promenade dans le jardin japonais et les autres jardins « à scène », de réfléchir à l’après-guerre devant les oeuvres du festival « Allers-retours » et de faire connaissance avec un homme hors du commun au projet ambitieux avec l’exposition « À la recherche d’Albert Kahn. Inventaire avant travaux".

* Premier procédé industriel de photographies en couleurs véritables
** Portique sacré
*** Pagode flèche

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