Patrimoine

L'artiste

Sophie Kitching

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La jeune plasticienne depuis le 14 octobre ses Nuits américaines dans le domaine départemental de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry.

Sophie Kitching appartient à une génération où l’on peut encore demander leur âge aux jeunes femmes : née anglaise en 1990 sur l’île de Wight, élevée en France, elle en a conservé l’ombre d’un accent et ce phrasé torrentiel de ceux qui maîtrisent les deux langues. Vivant entre New York et les Hauts-de-Seine, exposée à New York, Berlin, au Palais de Tokyo à Paris, elle s’installe cet automne et jusqu’en juin à Châtenay-Malabry, à la Maison de Chateaubriand.

Nuits américaines
La plasticienne se sent chez le grand homme un peu comme chez elle, tellement son travail depuis trois ou quatre ans creuse dans le « matériau » Chateaubriand, ses souvenirs et son écriture, comment celle-ci a transformé ceux-là. Peintures, installations, performance : l’ensemble de l’exposition repose sur l’immersion lyrique et mystérieuse d’un jeune homme dans la nature nocturne des chutes du Niagara, texte qu’il ne cessera de réécrire de l’Essai sur les révolutions jusqu’aux Mémoires d’outre-tombe. « Je suis tombée par hasard sur deux versions de ce texte, j’ai fait des recherches à la Maison de Chateaubriand, j’en ai retrouvé sept mais il y en a d’autres… C’est ce processus de répétition, de réécriture qui m’a intéressée, comme une analogie avec le travail de l’artiste : on revient souvent sur le même sujet dans une sorte de quête de l’épure, de recherche de la perfection. J’espère arriver plus tard dans ma vie à cette épure-là ! » Confessant en riant une inspiration inépuisable dans le rapport au XIXe siècle, au romantisme et au paysage, elle se laisse séduire à plus de deux siècles de distance : « Quand il écrit la première version de ce texte, Chateaubriand a 23 ans et vient de partir en Amérique. Quand je l’ai découvert, j’avais le même âge, et je partais pour New York… Sans aucunement me comparer, j’ai eu l’impression de me reconnaître, comme dans un miroir. »

Années d’apprentissage
« Il n’y a pas d’artistes au sens strict dans ma famille. Mais mon père conserve dans son garage une quantité incroyable de choses… Le sens de l’accumulation, je le tiens de lui. Et ma grand-mère m’a initiée à l’aquarelle. » L’essentiel vient ensuite : visiter des expositions, aller au spectacle, faire des rencontres. « Je n’ai finalement pas dessiné si jeune que ça, les premiers dessins que je considère comme aboutis datent de mes 16 ou 17 ans. Le plus difficile aujourd’hui étant de conserver la force d’y croire. » Dans les musées, Sophie Kitching se déclare « pas très originale » : Monet, Matisse, Klee, les liens de la couleur et de l’abstraction. Après les Arts déco à Paris, elle ressent le besoin de poursuivre l’apprentissage auprès d’artistes d’aujourd’hui, dans l’esprit de l’élève dans l’atelier du maître. Deux noms surgissent aussitôt : le Mexicain Gabriel Orozco et le Danois Jeppe Hein, proches de l’art conceptuel et du minimalisme. « Leurs pratiques très différentes m’ont beaucoup inspirée, par le rapport qu’elles entretiennent avec l’espace, les objets trouvés, et l’interaction avec celui qui regarde. »

Peindre le temps et l’espace
Quand Sophie Kitching peint, ce sont déjà des fragments d’installation, et ses installations ressemblent à des peintures. « Je travaille beaucoup en séries, un rythme se crée d’une pièce à l’autre et l’ensemble constitue un espace. J’essaie de trouver en permanence des échos. La dimension temporelle est également très importante : dans l’art, le temps est une liberté qui n’existe pas ailleurs. » L’usage de la vidéo, la peinture sur des photographies historiques de grands parcs américains lui permettent de révéler des strates qui seraient impossibles autrement. Réunir, en choisissant des fragments de texte, le jeune homme de vingt ans et l’octogénaire qui achève ses mémoires. Montrer « le jour bleuâtre et velouté de la lune » filmé au même moment par plusieurs personnes un peu partout dans le monde. « Le paysage dont Chateaubriand parle s’est effacé depuis, accessible seulement par l’intermédiaire de sa maison et de ses textes, c’est un ailleurs absolu où l’on ne pourra jamais se rendre. » Entre paysagisme abstrait et art conceptuel, le travail de Sophie Kitching possède une vertu à son image : il est à la fois érudit et sensible, et la simplicité lui va bien : « J’aime la relation entre Chateaubriand et son jardin de Châtenay, les références aux espaces lointains qu’il a pu fréquenter. Je suis très honorée d’être exposée ici. Mais est-ce que cela lui aurait plu ? On ne le saura pas… » s’amuse-t-elle dans un dernier éclat de rire. 

Didier Lamare

En savoir plus

Site web de Sophie Kitching www.sophiekitching.com

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